Glaucome à pression normale : un risque accru d’AVC ?

Le glaucome à pression normale (GPN) est une affection oculaire d’évolution lente et de diagnostic difficile, car l’élévation de la pression intra-oculaire (PIO) fait défaut conformément à sa définition. Le diagnostic va reposer sur les critères suivants : déficits systématisées du champ visuel, PIO < 21 mmHg, anomalies morphologiques évocatrices de la tête du nerf optique et  angle ouvert, sans oublier absence d’arguments pour une forme secondaire.

Comme les autres glaucomes chroniques à angle ouvert, il peut être favorisé par le diabète, le tabagisme ou encore l’hypotension artérielle quelle qu’en soit la forme clinique. Ce facteur hémodynamique semble plus délétère que dans d’autres formes de GC pour ce qui est de la progression des anomalies visuelles et c’est surtout l’hypotension artérielle nocturne qui serait la plus néfaste. Le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) s’en trouve-t-il pour autant modifié, sachant que c’est plutôt l’HTA qui est en est la plus grande cause dans le cadre de la maladie cardiovasculaire ? Cette hypothèse est suggérée par les résultats d’une étude rétrospective, réalisée à partir d’une vaste base de données constituée par la Taiwan National Health Insurance Research Database, consultée en l’occurrence, pour la période allant du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2010.

Dans un premier temps,  245  patients (20,1 %) atteints d’un GPN ont été exclus de l’échantillon car dans leurs antécédents figurait un AVC. In fine, le nombre de cas s’est élevé à 1 218, l’âge au moment du diagnostic étant ≥ 20 ans. Ont été systématiquement pris en compte les éléments suivants : âge, sexe, comorbidités préexistantes incluant notamment HTA, diabète, insuffisance cardiaque congestive, cardiopathie ischémique, fibrillation auriculaire et dyslipidémies. La méthode des scores de propension a été utilisée pour constituer le groupe témoin en minimisant le biais de sélection, 5 témoins étant appariés à un cas. Le risque d’AVC a été évalué sous la forme d’un hazard ratio (HR) à partir de la comparaison intergroupe, en recourant à une analyse par régression multiple selon le modèle de Cox et à une estimation particulièrement robuste de la variance.

Six fois plus de risque…

Après ajustement en fonction de l’âge, du sexe et des comorbidités préexistantes, le risque d’AVC est apparu plus élevé dans le groupe des cas, le HR correspondant étant en effet estimé à 6,34 au terme d’un recul de dix ans. La même tendance a été observée au sein des sous-groupes constitués selon les comorbidités précédemment évoquées.

Cette étude de type cas-témoins plaide en faveur d’une association entre le glaucome chronique à pression normale et le risque d’AVC pour des raisons qui semblent mystérieuses. Cette association reste significative dans la plupart des comorbidités prises en considération, notamment l’HTA, le diabète, l’insuffisance cardiaque congestive, les cardiopathies ischémiques, la fibrillation auriculaire ou encore les dyslipidémies. Le lien de causalité reste à établir, avant de considérer que cette affection oculaire chronique prédispose réellement à l’AVC et d’envisager des mesures préventives ad hoc, abstraction faire de la correction des facteurs de risque qui reste un impératif.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lee MS et coll. Is normal-tension glaucoma a risk factor for stroke?-A 10-year follow-up study. PLoS One 2017 12(6):e0179307. doi: 10.1371/journal.pone.0179307.

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