Les corticoïdes encore incontournables dans l’ophtalmopathie thyroïdienne

L’ophtalmopathie thyroïdienne est une maladie auto-immune rare avec, le plus souvent, une hyperthyroïdie associée. Les anticorps lésant la thyroïde attaquent également le tissu adipeux orbitaire ainsi que les muscles extra-oculaires. Des chercheurs ont voulu savoir ce que le méthotrexate pouvait apporter dans le traitement de l’affection, en parallèle ou en remplacement des corticoïdes.

L'ophtalmopathie thyroïdienne débute classiquement par une phase inflammatoire active qui dure généralement entre 6 mois et 1 an et qui est suivie d'une phase plus stable, avec une diminution de l'inflammation.

La première phase correspond le plus souvent au début de l'hyperthyroïdie. Avec une intensité variable selon les patients, elle se caractérise par du larmoiement, une rougeur oculaire, une photophobie et une sensation de corps étranger dans les yeux. Par la suite, une exophtalmie, un strabisme et une rétractation palpébrale peuvent apparaître. Enfin, dans certains cas, l'affection peut également entraîner une perte de la vision par compression du nerf optique. A noter également que l'ophtalmopathie thyroïdienne peut évoluer même lorsque la fonction thyroïdienne est sous contrôle. Son traitement classique peut faire appel à des injections IV de corticoïdes ou à la prescription d'autres immunosuppresseurs. De nombreux patients sont stabilisés après la phase inflammatoire. En présence de séquelles, seule la chirurgie se révèlera efficace.

Des chercheurs (1) ont voulu comparer l'efficacité et la sécurité d'un traitement à base de méthylprednisolone seule (en perfusions IV intermittentes) et celui qui y ajoute la prise orale de méthotrexate dans le cadre d'une ophtalmopathie thyroïdienne sévère, avec atteinte du nerf optique par compression. Des mesures du degré de sévérité de l'affection (notamment par VISA, un score de l'inflammation, et l'évaluation de la vision) ont été effectuées à 0, 3, 6, 12, et 18 mois.

Un progrès, mais pas de switch possible

L'étude incluait 72 patients, ont 33 avaient été traités par méthylprednisolone seule et 39 par le traitement combiné. Aucune différence statistique significative n'a été observée au départ entre les deux groupes sur le plan des caractéristiques démographiques et de l'activité de la maladie, pas plus  - à 0, 3, 6, 12 et 18 mois - que dans les doses cumulées de méthylprednisolone, la présence d'une myopathie restrictive, la pression intraoculaire, l'exophtalmie ou la kératopathie d'exposition. A noter également qu'aucun patient n'a présenté d'effet indésirable sévère.

Les chiffres et leur analyse ont montré une amélioration tant sur le plan de la vision que de l'activité de la maladie à trois mois dans le groupe traitement combiné. Les auteurs suggèrent ainsi que l'ajout du méthotrexate à la méthylprednisolone permet d'accélérer la désactivation de la maladie ainsi que la guérison de la vision. Ceci dit, la méthylprednisolone s'est révélée incontournable pour atteindre ce résultat : l'ajout du méthotrexate ne permettait pas de réduire la dose nécessaire du corticoïde. Ce produit ne peut donc être considéré comme un adjuvant thérapeutique dans l'ophtalmopathie thyroïdienne, et pas comme une alternative thérapeutique.

Dr Claude Leroy

Référence
Yong KL et coll. : Methotrexate as an Adjuvant in Severe Thyroid Eye Disease: Does It Really Work as a Steroid-Sparing Agent?., Ophthalmic Plast Reconstr Surg. 2019 ; publication avancée en ligne le 7 janvier. Copyright mediquality.

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