Des corticoïdes pour les maux de gorge ?

Les maux de gorge sont le plus souvent liés à une atteinte virale et évoluent alors spontanément. La gestion de la douleur relève de la prescription de paracétamol ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ou encore de corticostéroïdes à faibles doses, comme l’ont démontré plusieurs essais randomisés. Plusieurs guidelines recommandent toutefois d’éviter la prescription de corticoïdes dans les pharyngites, au motif que ces essais étaient réalisés dans des services d’urgence et alors que la majorité des patients recevaient des antibiotiques. Ceci explique sans doute que les corticoïdes ne soient pas très utilisés en pratique courante.

Cette méfiance est-elle justifiée ? C’est l’objet d’une méta-analyse réalisée récemment, à partit de 10 essais randomisés contrôlés incluant au total 1 426 patients consultant pour pharyngite aiguë, amygdalite, ou autres maux de gorge.

Amélioration significative de la symptomatologie douloureuse

La prescription d’une à 2 doses de corticoïdes à faible posologie (dexaméthasone à la dose maximale de 10 mg) améliore significativement les symptômes douloureux après 24 heures (risque relatif [RR] 2,2 ; intervalle de confiance à 95 % [IC 1,2 à 4,3) et à 48 heures (RR 1,5 ; IC 1,3 à 1,8). En moyenne, la douleur est soulagée 4,8 heures plus tôt pour les patients sous corticostéroïdes en comparaison du placebo et disparaît totalement 11,1 heures plus tôt. Les patients soulagés en 48 heures sont environ 18 % plus nombreux parmi ceux qui ont reçu la corticothérapie que dans les groupes placebo. L’effet de la prise de corticoïdes est sensiblement identique quelle que soit la sévérité de la douleur, bien que les patients souffrant le moins semblent en tirer un bénéfice absolu moins net.

Pas d’effet indésirable notable

Six des essais inclus dans l’analyse ne relèvent aucun effet indésirable notable, tandis que 3 en signalent, principalement des signes en rapport avec l’infection, et survenant autant dans le groupe contrôle que dans le groupe traité par corticoïdes. Il est probable que la balance bénéfice-risque du traitement dépend étroitement de la gravité des symptômes. Dans les essais retenus, les patients étaient recrutés, non seulement dans les services d’urgence mais aussi lors des consultations chez les médecins généralistes. Les conclusions ne sont pas différentes dans ces deux sous-groupes.

Notons enfin que le risque de rechute, le nombre de jours d’arrêt de travail ou d’éviction scolaire, la durée des symptômes les plus pénibles ou la prescription d’antibiotiques ne sont pas spécifiés dans ces travaux.

Dr Roseline Péluchon

Références
Sadeghirad B et coll. : Corticosteroids for treatment of sore throat: systematic review and meta-analysis of randomised trials.
BMJ 2017; 358: j3887.

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Vos réactions (1)

  • Ostéonécrose aseptique

    Le 03 octobre 2017

    Je souhaiterais nuancer la notion "aucun effet indésirable notable" relevé chez les patients traités par corticothérapie. Je tiens à rappeler que l'ostéonécrose aseptique (ONA) est une complication tardive de la corticothérapie et qui n'est pas forcément dose ou durée dépendante. Nombreux malades présentant une ONA étiquetée idiopathique seraient due à une corticothérapie et dont l'imputabilité est difficile à établir." le remède ne doit pas être pire que le mal"

    Dr Kamel Bouslama

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