Fumeurs, il y a des métaux lourds dans leur plaque dentaire !

Les métaux lourds sont présents dans notre environnement au quotidien. Ils peuvent pénétrer dans le corps humain par l’air et l’eau pollués, par l’alimentation, via l’activité professionnelle ou encore du fait d’habitudes de vie nocives (tabagisme).  Etant non-biodégradables, leur accumulation dans des organes du corps humains peut provoquer des anomalies de fonctionnement. De plus, parmi les métaux lourds se trouvent des éléments toxiques (arsenic, plomb, manganèse) susceptibles de provoquer de sérieux problèmes de santé : maladies cardiovasculaires, respiratoires, hépatiques, ostéoporose, différents cancers, etc.  Ils sont également présents dans la fumée du tabac.

L’inhalation de cette fumée facilite le passage des métaux lourds vers les poumons en passant par la cavité orale, puis ils terminent « leur course » dans la circulation sanguine systémique. En effet, plusieurs études ont relevé des concentrations élevées en métaux lourds dans le sang et dans les reins, le foie, les poumons chez des patients anciens fumeurs. Ainsi le tabagisme est-il un facteur de  risque d’exposition chronique aux métaux lourds.  De plus, les patients fumeurs ont une plus grande tendance à développer des maladies parodontales. Elles sont d’origine plurifactorielle mais une de leurs principales étiologies est le biofilm dentaire. Des analyses biologiques ont révélé la présence de métaux lourds, dont certains toxiques dans le tartre dentaire de patients fumeurs. 

L’environnement, avec la pollution de l’air, et les facteurs extrinsèques (tabac) influencent-il la composition moléculaire du tartre ? L’analyse qualitative du tartre dentaire d’un patient fumeur représenterait-elle une aide pour la surveillance des patients exposés  chroniquement aux métaux lourds ?  C’est ce qu’ont cherché à déterminer les auteurs d’une étude pilote. Ils ont mesuré et comparé les niveaux de métaux lourds accumulés dans la plaque dentaire supra-gingivale chez des patients fumeurs et non-fumeurs, par spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif (ICP-MS). Ils ont pu tester l'hypothèse que fumer augmente le risque d'accumulation de métaux lourds dans le tartre dentaire. La plaque dentaire supra-gingivale a été choisie pour l’étude car la concentration en éléments est plus forte dans cette portion de biofilm par rapport au tartre infra-gingival.

Un marqueur d’exposition chronique aux métaux lourds

Vingt-neuf volontaires ont participé à cette étude : 14 ne fumaient pas et 15 étaient fumeurs (> 20 cigarettes/ jour depuis plus de 5 ans).  Une potentielle exposition aux métaux lourds de par la profession (fermiers, miniers, travailleurs dans la métallurgie) ou encore la présence de restaurations dentaires métalliques comme des amalgames étaient des critères d’exclusion.   Les échantillons de tartre prélevés ont été mis dans des boites stériles puis séchés à 50°C pendant 24h. Ils ont ensuite été réduits en poudre, pesés et soumis à une digestion acide. Les échantillons finaux ont été analysés par ICP-MS, en aveugle. 

Il a été constaté que les métaux lourds sont présents en plus fortes concentrations dans le tartre des patients fumeurs avec des niveaux plus élevés de certains métaux toxiques (arsenic, cadmium, plomb, manganèse, vanadium) dans le tartre supra-gingival des fumeurs par rapport aux non fumeurs. D’autres éléments comme le sodium, calcium, potassium, fer, phosphore étaient présents en plus grande quantité par rapport aux autres éléments chez les patients fumeurs.  La concentration des autres métalloïdes analysés ne différait pas significativement entre fumeurs et les non fumeurs.

Ainsi les auteurs ont-ils confirmé leur hypothèse de base: le tabagisme est associé à une augmentation de la concentration de certains métaux lourds toxiques dans le tartre dentaire.  Cela signifie que la composition du tartre supra-gingival peut être modifiée par des facteurs externes comme le tabac. Le tartre supra-gingival constitue ainsi un marqueur d’une exposition chronique aux métaux lourds. Cette conclusion est intéressante car le tartre et la plaque dentaires sont généralement considérés comme des « déchets indésirables » à cause de leur participation dans la mise en place et dans le développement des parodontopathies chroniques. Ils sont par conséquent éliminés lors des thérapeutiques parodontales. Or  le tartre représente un échantillon biologique humain unique en tant que marqueur d’une exposition chronique aux métaux lourds : le diagnostic et la surveillance d’une exposition à des métaux lourds peuvent être faits grâce à l’analyse qualitative par spectrométrie de masse à plasma à couplage inductif de la plaque dentaire supra-gingivale.  Cette technique semble facile à mettre en œuvre. Elle représente une alternative acceptable et beaucoup moins invasive que l’extraction et la biopsie des dents saines, qui sont utilisées comme marqueurs d’une exposition chronique aux métaux lourds au cours des années de leur minéralisation.  De futures études verront le jour afin de mettre en évidence la faisabilité du diagnostic et de la surveillance d’une exposition chronique aux métaux lourds par le tartre supra-gingival, surtout chez les patients fumeurs. 

Dr Béatrice Ruiz

Référence
Yaprak E et coll. : High levels of heavy metal accumulation in dental calculus of smokers: a pilot inductively coupled plasma mass spectrometry study. J Periodontal Res., 2017; 52: 83– 88. DOI:10.1111/jre.12371.

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