Du lait de mère dans le nez pour les prématurés victimes d’une HIV ?

Les formes sévères d’hémorragie intra-ventriculaire [HIV] du prématuré sont caractérisées par une dilatation croissante des ventricules latéraux (grade 3) et par un infarcissement hémorragique de la substance blanche (grade 4). Leur pronostic neuro-développemental est sombre. Jusqu’à présent la recherche clinique s’est orientée vers la prévention de ces HIV. Des auteurs allemands rapportent une première tentative de neuro-restauration après une HIV sévère, avec du lait de mère administré par voie endonasale !

A l’origine de leur étude monocentrique on trouve un fait et une hypothèse. Le lait maternel contient plusieurs neurotrophines (EGF, NGF, BDNF, etc.) et 0 à 30 % de cellules souches mésenchymateuses. A partir d‘un peu de lait instillé dans les fosses nasales ces molécules et cellules pourraient remonter le long des fibres olfactives, qui traversent la lame criblée de l’ethmoïde, et pénétrer dans le cerveau du prématuré sans devoir passer dans la circulation sanguine ni franchir la barrière hémocérébrale. Le lait de mère est bien toléré en instillations nasales : des mères s’en servent pour décongestionner les fosses nasales de leurs nourrissons.

Une observation princeps encourageante

L’observation princeps date de 2012. Une prématurée de 26 sem., en PPC nasale, a fait une HIV de grade 2 du côté droit et de grade 4 du côté gauche (avec un infarctus parenchymateux). Elle a reçu à titre compassionnel une goutte du lait de sa mère, frais, dans chaque narine, plusieurs fois par jour pendant 10 sem., c’est à dire jusqu’à sa sortie de l’unité néonatale. L’HIV s’est résorbée en 7 semaines et l’examen neurologique de sortie était normal.

Les 16 grands prématurés suivants victimes d’une HIV sévère (terme moyen : 25 sem., poids moyen : 770 g), qui ont survécu plus de 3 jours et disposaient du lait de leur mère, ont reçu 0,1 ml de lait de mère frais (tiré depuis moins de 2 h) par narine, 3 à 8 fois par jour, de J < 5 à J ≥ 28 (durée maximum : 105 j). Leurs séries d’échographies cérébrales ont été comparées à celles de 15 témoins historiques, de terme et poids similaires, qui avaient fait une HIV sévère mais n’avaient donc pas reçu de lait de mère par voie endonasale.

Une tendance à une porencéphalie moins importante, à vérifier par un essai « lait de mère vs placébo » ?

Quatorze « cas » et 12 « témoins » ont survécu à l’hospitalisation néonatale.

Les dilatations ventriculaires progressives et les hydrocéphalies post-hémorragiques opérées sont moins fréquentes chez les cas que chez les témoins (10/14 vs 11/12 pour les dilatations, 7/14 vs 8/12 pour les hydrocéphalies opérées), mais les différences ne sont pas significatives.

Des lésions cavitaires de la substance blanche sont présentes au moment de la sortie - vers le terme corrigé de 41 sem.- chez 9 cas et 8 témoins. Les cavités volumineuses, communiquant avec les ventricules latéraux, sont plus rares chez les cas que chez les témoins (3/14 ou 21 % vs 7/12 ou 58 % ; p = 0,10), et l’évolution échographique de 6 cas est étrangement favorable.

Ainsi, on note une tendance à une porencéphalie moins importante après une HIV de grade 4 chez les prématurés qui ont reçu du lait de leur mère, frais, par voie endonasale. Des biais sont possibles, les différences ne sont pas significatives et il n’y a pas de suivi, mais on ne peut pas exclure que le lait de mère possède, outre ses avantages immunologiques et son effet sur l’implantation du microbiote intestinal par voie digestive, un effet neuro-restaurateur par voie endonasale. Les auteurs suggèrent de monter un essai contrôlé et randomisé « lait de mère vs placébo ».

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Keller T et coll. : Intranasal breast milk for premature infants with severe intraventricular hemorrhage – an observation. Eur J Pediatr 2019 ; 178 : 199-206

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Vos réactions (1)

  • Réaction d'un homme de peu de foi

    Le 18 mars 2019

    À la lecture de cet article, de sa méthodologie et de l'absence de résultat statistiquement significatif, plusieurs questions et remarques :

    1-Quelle quantité d'EGF, NGF, NDBF, de cellules souches mesenchymatuses ... y a-t-il dans 1/20 eme de ml, soit 1 goutte, de lait de mère cru, colostral, intermédiaire ou mature ?

    2-Étant sceptique par nature, homme de peu de foi et non fétichiste, j'attends une étude menée avec rigueur, précisant notamment les quantités d'EGF, NGF, NDBF... administrées à chaque preterme recevant du lait de leur mère par instillation nasale, versus des pretermes recevant en instillation nasale un placebo qui pourrait être de l'eau minérale ou pourquoi pas de l'eau de Lourdes ....

    Professeur Marcel Voyer

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