Béta-bloquants et BPCO, possible ?

La prescription de β-bloquants chez les patients atteints de BPCO reste controversée et les données scientifiques sont contradictoires. Une étude danoise s’est donné pour objectif d’analyser l’effet de l’utilisation à long terme de β-bloquants sur le nombre d’hospitalisations et de décès par BPCO. Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur les données de quatre registres nationaux de santé. Elle concerne des patients de 30 à 90 ans sans antécédents d’hospitalisation pour BPCO, traités par β-bloquant ou par un autre traitement anti hypertenseur, depuis plus de 6 mois. L’analyse statistique a utilisé un modèle de régression de Cox.

Les résultats portent sur un nombre impressionnant de patients (plus de 300 000 sous β-bloquants versus 1 000 000 sous un autre anti hypertenseur), avec un suivi sur 10 ans, que seuls des registres nationaux pouvaient permettre. Il n’y avait pas de différence significative dans les caractéristiques des patients des deux populations. Le traitement par β-bloquants est associé à un risque plus faible d’hospitalisations pour BPCO : les patients sous β-bloquants ont globalement un risque inférieur de 19,7 %. La stratification par sexe et par âge ne modifie pas ces données. L’analyse par sous-groupes ne montre pas de différence majeure quant au nombre d’hospitalisations pour BPCO chez les patients atteints d’insuffisance coronarienne, d’arythmie, d’asthme, d’HTA ou de trouble de la circulation pulmonaire. Chez les patients diabétiques, il n’est pas noté d’effet des β-bloquants sur le nombre d’hospitalisations pour BPCO. Le nombre de décès toutes causes et de décès par BPCO est également plus faible chez les patients sous β-bloquants.

Confirmation d’un rôle protecteur

Les auteurs concluent que les β-bloquants peuvent être considérés comme sans risque y compris chez les patients atteints de BPCO et préconisent de ne plus hésiter à prescrire des β-bloquants chez les patients à risque ou atteints de BPCO. Ces extrapolations méritent d’être nuancées parce que l’étude concernait des patients qui, à l’inclusion, n’avaient jamais été hospitalisés pour BPCO, et qui étaient sans doute moins à risque. Néanmoins, l’amélioration de la mortalité par BPCO chez les patients sous  β-bloquants est une donnée qui confirme leur rôle protecteur déjà trouvé dans d’autres études. Enfin, le nombre important de patients inclus donne à ce travail une puissance qui renforce sa crédibilité.        

Pr Bernard Gay

Référence
Nielsen AO et coll. : β-BlockerTherapy and Risk of Chronic Obstructive Pulmonary Disease – A Danish Nationwide Study of 1,3 Million Individuals. E clinical medicine. Lancet, 2019; Publication avancée en ligne le 28 janvier.doi.org/10.10β16/j.eclinm.2019.01.004

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Vos réactions (1)

  • Question sur l'asthme

    Le 05 février 2019

    Les résultats sont-ils extrapolables à l’asthme? Existe-t-il une étude béta bloquants et asthme ?

    Dr Marc Lefilliatre

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