Consommation d’antibiotiques : des prescriptions pas toujours adaptées …

La résistance aux antibiotiques est un problème majeur de santé publique. L’une des causes est leur prescription exagérée et de façon pas toujours adaptée. On dispose de renseignements sur la consommation générale en antibiotiques mais les statistiques par tranche d’âge et par lieu de prescription sont rares. D’où l’intérêt de cette étude dans laquelle des épidémiologistes et médecins généralistes de l’Université de Melbourne ont procédé à une évaluation rétrospective des antibiotiques prescrits en 2010-2014 chez des patients de 0 à 18 ans dans 39 cabinets de généralistes situés dans la région. Les données ont été extraites d’enregistrements informatiques des consultants dé-identifiés. Puis, les prescriptions ont été confrontées aux recommandations australiennes.

Durant les 5 ans de l’étude, il y eut 744 883 consultations pédiatriques dont 10,1 % ont donné lieu à une prescription d’antibiotique (AB). En moyenne, chaque patient a eu 1,6 consultation par an et 0,2 ordonnance d’AB par an ; un enfant sur 5 a reçu un AB prescrit par le généraliste. Sur la période, ces prescriptions ont baissé légèrement (11,4 % en 2010, 9,1 % en 2014). Par tranche d’âge, les enfants de moins de 5 ans, particulièrement avant un an, ont eu en moyenne moins de prescriptions, ce qui s’explique probablement par les consultations de surveillance. Les AB les plus prescrits étaient la céfalexine (céphalosporine de 1ère génération), l’amoxiciline/clavulanate, le céfaclor (C1G), la phénoxyméthylpénicilline, la roxithromycine (macrolide).

L’amoxicilline ne représentait que 2,2 % des prescriptions. Sur la période, les prescriptions de céfaclor (18,2 % en 2010, 11,4 % en 2014) et de roxithromycine ont baissé bien que le céfaclor soit resté le 3ème AB le plus utilisé, avec des variations saisonnières. La fréquence des prescriptions d’AB par praticien variait de 2,1 à 19,7 %. Les indications des AB n’ont été enregistrées que dans une minorité de cas ; parmi ceux-ci, les infections respiratoires étaient en cause dans 57 % des cas dont 47 % d’infections hautes. Dans la discussion, les auteurs pointent que la majorité des infections respiratoires sont d’origine virale et qu’en cas d’indication d’un AB l’amoxycilline est indiquée et non le céfaclor qui, de plus, peut être responsable de maladie du sérum. L’utilisation de cet AB et de la roxithromycine témoigne d’une méconnaissance des recommandations.

Au total, cette enquête montre les difficultés à modifier les habitudes de prescription qui doivent s’adapter aux mises à jour récentes basées sur les données épidémiologiques. Pour rappel, en France, le guide de prescription d’antibiotiques, d’accès gratuit, a été publié en 2016 sous la direction de R. Cohen [Archives de Pédiatrie vol 23 (hors-série) pS1-S55].

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Yan J et coll. : Antimicrobial prescribing for children in primary care. J Pediatr Child Health 2019 ; 55 : 54-58.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article