Le tabac chauffé, réduction des risques, aide au sevrage et/ou nouvelle forme de tabagisme ?

Quand ils décident d’un sevrage tabagique, de nombreux fumeurs préfèrent se passer de toute aide. Il s’agit même de la "méthode"  la plus utilisée, mais c’est aussi la moins efficace, avec un taux de succès inférieur à 5 % à 1 an. Les produits de substitution nicotinique et les médicaments d’aide au sevrage ont eux aussi montré leurs limites.

Et finalement, réduire les méfaits du tabagisme est désormais présenté comme une alternative à l’arrêt total du tabac, pour les fumeurs ne pouvant pas ou ne voulant pas arrêter totalement.

La cigarette électronique est actuellement la méthode de réduction des risques la plus répandue, mais elle ne donne pas non plus toujours entière satisfaction à ses utilisateurs. Cela peut être lié au fait que la dose de nicotine délivrée est insuffisante par rapport aux cigarettes, tout au moins pour les dispositifs de première génération. Les travaux réalisés suggèrent en effet que la dose et la façon dont la nicotine est délivrée jouent un rôle majeur dans les chances de sevrage avec les produits de réduction des risques.

Une autre méthode de réduction des risques liés au tabac est commercialisée depuis 2014 dans quelques pays (dont la France). Il s’agit de l’IQUOS : de courtes cigarettes (sticks de tabac) sont insérées dans un petit dispositif qui, grâce à une lame chauffante contrôlée électroniquement, chauffe le tabac à une température voisine de 330°, bien inférieure à la température de combustion de 900°. L’aérosol de tabac est donc libéré sans combustion. L’intérêt de ce dispositif résiderait dans la réduction de l’exposition du fumeur aux produits toxiques de la cigarette et dans sa possible efficacité comme substitut, efficacité qui dépend probablement du taux de nicotine délivré et inhalé par l’utilisateur.

Plusieurs travaux ont fourni des informations sur ce produit, mais ils étaient le plus souvent menées par le fabricant du produit, qui est aussi l’un des plus grands cigarettiers du monde, ce qui incitait à une certaine prudence vis à vis des résultats de ces travaux. C’est la raison pour laquelle une équipe grecque s’est penchée sur la question et a mené 2 études.

Beaucoup moins de dérivés carbonyles toxiques

L’une évalue l’émission des principaux dérivés carbonyles toxiques du tabac. Les données confirment que le niveau de formaldéhyde émis est en moyenne inférieur de 91,6 % à celui d’une cigarette, celui d’acétaldéhyde inférieur de 84,9 %, celui d’acroléine de 90,6 %, celui de propionaldéhyde de 89,0 % et celui de crotonaldéhyde de 95,3 %. En cas d’aspirations plus intenses, le taux de formaldéhyde augmente, mais reste 3 à 4 fois inférieur à celui des cigarettes classiques. Avec une machine à fumer réglée sur le mode « intense » (bouffée de 55 ml, avec un flux de 27,5 ml/s, pendant 2 secondes toutes les 30 s), l’utilisation de 20 sticks résulte en une réduction de 81,7 % à 97,9 % de l’exposition aux carbonyles par rapport à 20 cigarettes. En comparaison, l’utilisation de 5 g de liquide de e-cigarette réduit cette exposition de 92,2 à 99,8 %.

Le tabac chauffé délivre moins de nicotine que la e-cigarette

La même équipe a mesuré les caractéristiques de la nicotine délivrée par des cigarettes « standard », par des sticks de tabac chauffé, « nature » et mentholé, et par des e-cigarettes. Si la nicotine contenue dans les sticks de tabac chauffé est de 15,2 ± 1,1 mg/g  et de 15,6 ± 1,7 mg/g pour les sticks mentholés, la dose délivré par les aérosols est respectivement de 1,40 ± 0,16 et 1,38 ± 0,11 mg pour 12 bouffées. Ce taux, qui ne change pas significativement avec la durée de la bouffée, est inférieur à celui délivré par les cigarettes (1,99 ± 0,20 mg/cigarette). Les cigarettes électroniques quant à elles délivrent un taux de nicotine identique à celui des cigarettes quand elles sont utilisées sous un régime de bouffées prolongées.

Si de futurs travaux semblent nécessaires pour compléter les informations sur la sécurité d’emploi  et l’innocuité de ce dispositif de tabac chauffé, un autre point essentiel reste en suspens. Il s’agit de son efficacité en tant que méthode de sevrage et surtout de l’attrait qu’il pourrait présenter pour les non-fumeurs (en particulier les jeunes), constituant ainsi une porte d’entrée dans une nouvelle forme de tabagisme.

Dr Roseline Péluchon

Références
Farsalinos E.K. et coll. : Carbonyl emissions from a novel heated tobacco product (IQOS): comparison with an e-cigarette and a tobacco cigarette. Addiction 2018; 113: 2099-2106.
Farsalinos E.K. et coll. : Nicotine delivery to the aerosol of a heat-not-burn tobacco product: comparison with a tobacco cigarette and e-cigarettes. Tob Res 2018; 20: 1004-1009.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article