L’IAH prédit mal le risque cardiovasculaire du syndrome d'apnées du sommeil

Alors que le lien entre syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) et comorbidité cardiovasculaire (CMCV) est largement établi, une frustration des médecins persiste quant à la difficulté des études à mettre en évidence un effet favorable du traitement par pression positive continue (PPC) sur la prévention de la CMCV. Une équipe hongkongaise a réalisé une étude de cohorte rétrospective afin d’évaluer l’association entre diverses mesures de la polysomnographie et la survenue d’événements cardiovasculaires majeurs.

Une étude de cohorte chinoise avec près de 2 000 patients

Pei-Hang Xu et coll. publient des résultats portant sur 1 860 sujets ayant réalisé une polysomnographie entre 2006 et 2013. De nombreuses données démographiques, polysomnographiques (dont l’index apnées/hypopnées, IAH) et d'observance à la PPC éventuellement prescrite ont été colligées. Il s’agissait pour deux tiers d’hommes, d’âge moyen 52,4 ± 12,2 ans, d’index de masse corporelle (IMC) 27,7 ± 5,3 kg/m². Près des deux tiers d’entre eux étaient hypertendus (63,8 %) et à faible activité physique (64,5 %). Trois groupes ont été individualisés : groupe sans SAOS (n = 316, index apnée-hypopnées [IAH, événements par heure] < 5 ; groupe à SAOS bénin (n = 436, IAH 5-14) ; groupe à SAOS modéré à sévère (n = 1108, IAH >15). Le critère de jugement principal était le temps écoulé entre la polysomnographie diagnostique et le premier événement cardio-vasculaire du critère composite comportant les décès par maladies cardiovasculaires et les événements majeurs non mortels (première hospitalisation due à un syndrome coronarien aigu, procédures de revascularisation, accident vasculaire cérébral (AVC), exacerbation d'insuffisance cardiaque congestive).

Principalement l’hypoxémie nocturne

Au cours d'un suivi médian de 100 mois, 278 occurrences de complications cardiovasculaires ont été enregistrées : taux d’incidence = 1,95 (intervalle de confiance à 95% [IQ95]: 1,73-2,19) pour 100 personnes années. Les complications se répartissaient en syndrome aigu coronarien (20,1 %), revascularisation coronaire (31,3 %), AVC et insuffisance cardiaque congestive (19,4 % pour chaque), décès d’origine cardiovasculaire (9,8 %). Les principaux éléments prédictifs d’une complication cardiovasculaire étaient le temps de sommeil passé avec une saturation en O2 inférieure à 90 % (rapport de risque [RR] = 1,41 (1,10 -1,81) et la fréquence cardiaque, aussi bien la valeur moyenne nocturne que celle du réveil, donnée simplissime à recueillir, dont le seuil de risque est établi à 69/min et plus (RR = 1,30 [1,12 - 1,50]). Malgré de multiples ajustements, l’IAH n’était pas significativement prédictif de la CMCV (RR = 0,95 [0,76 - 1,17]).

Un malade était dit « traité » si son observance nocturne à la PPC était d'au moins 4 heures, ce qui n’a concerné que 24 % des patients avec SAOS modéré à sévère. Un événement cardiovasculaire est survenu chez 14,3 % des sujets traités (n = 265) contre 17,3 % (n = 843) des sujets non traités. Malgré de multiples ajustements, la différence n’était pas statistiquement significative. Toutefois une analyse en cluster a permis d'identifier un groupe prioritaire chez qui le traitement par PPC réduisait significativement le risque cardiovasculaire (RR = 0,49 [0,25-0,95]). Ce groupe se distinguait significativement des 3 autres clusters constitués par 12 caractéristiques dont le sexe masculin, l’IMC et l’IAH plus élevés, une HTA plus fréquente.

En conclusion, cette étude d’une large cohorte précise les éléments prédictifs de la comorbidité cardiovasculaire du SAOS, confirmant comme cela était envisagé de longue date la nocivité incontestable de l'hypoxémie nocturne. Elle souligne l'importance de mieux préciser le profil des malades qui bénéficieront le plus de la PPC, traitement de référence du SAOS.

Dr Bertrand Herer

Référence
Xu PH, Fong DYT, Lui MMS, et coll. : Cardiovascular outcomes in obstructive sleep apnoea and implications of clinical phenotyping on effect of CPAP treatment. Thorax. 2023 Jan;78(1):76-84. doi: 10.1136/thoraxjnl-2021-217714.

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