SAOS, craindre aussi la goutte ?

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) s’inscrit en général dans un contexte clinique particulier qui combine comorbidités diverses et facteurs de risque cardiovasculaire multiples. Les troubles métaboliques sont volontiers au programme, qu’il s’agisse du diabète ou encore des dyslipidémies. L’hyperuricémie pourrait enrichir le tableau, mais cette hypothèse est assez mal étayée, ce qui fait tout l’intérêt d’une étude transversale de type cas-témoins. Son objectif était d’estimer le risque de goutte à court et long terme en cas de SAOS.

La cohorte de cette étude rétrospective a été constituée à partir de bases de données dérivées de la UK Clinical Practice Research Datalink qui ont permis d’identifier tous les cas de SAOS diagnostiqués avec certitude chez des adultes (âge ≥ 18 ans) entre 1990 et 2010. Chaque cas a été apparié à quatre témoins, selon l’âge, le sexe et le type de pratique médicale. Le risque de goutte en cas de SAOS a été estimé sous la forme de hazard ratios (HRs) assortis de leurs intervalles de confiance à 95 % (IC95%), grâce au modèle des risques proportionnels de Cox. Des ajustements multiples ont pris en compte des variables concernant l’état de santé, le mode de vie et les  comorbidités. Les résultats ont été également modulés en fonction de l’indice de masse corporelle (IMC).

Un délai d’apparition plus ou moins long en fonction de l’IMC

Au total, l’analyse a porté sur 15 879 patients atteints d’un SAOS et 63 296 témoins. La durée médiane du suivi a été estimée à 5,8 années, au cours desquelles une goutte a été diagnostiquée chez 4,9 % des patients, versus 2,6 % chez les témoins. L’incidence de la goutte, exprimée pour 1 000 sujets-années, a été estimé à 7,83 ([IC95% CI] 7,29-8,40) dans le groupe des cas, versus 4,03 (IC95% 3,84-4,23) dans celui des témoins, ce qui conduit à un HR ajusté de 1,42 ((IC 95% 1,29-1,56).

Le risque de goutte chez les patients atteints d’un SAOS a culminé globalement dans les une à deux années qui ont suivi la date d’inclusion, le HR atteignant en effet 1,64 [IC95% 1,30-2,06]). Cependant ce résultat concerne les sujets souffrant d’obésité et de surcharge pondérale. En cas d’IMC normal, le HR a culminé à 2,02 (IC95%  1,13-3,62) dans les 2 à 5 années ayant suivi le diagnostic.

Il semble que le SAOS prédispose à un risque substantiel de goutte bien au-delà de l’année qui suit son diagnostic. Ce délai semble dépendre de la valeur de l’IMC. Cependant, ces résultats doivent être en toute rigueur confirmés par des études longitudinales, les chiffres obtenus étant purement indicatifs avec cette étude du type cas-témoins. L’hypothèse n’en est pas moins intéressante et plausible, compte tenu de l’importance de l’effectif étudié et d’une méthodologie soigneuse…

Dr Philippe Tellier

Référence
Blagojevic-Bucknall M et coll. : The Risk of Gout Among Patients With Sleep Apnea: A Matched Cohort Study. Arthritis Rheumatol., 2019 ; 71(1): 154-160.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article