Un anticorps monoclonal et deux études dans la BPCO

Les recherches actuelles dans le domaine de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ont mis en lumière les différences phénotypiques de cette pathologie. Ainsi, jusqu'à 40 % des patients atteints de BPCO ont un phénotype dit éosinophile. En dehors de tout antécédent asthmatique, ce sous-groupe de patients se caractérise par de fréquentes exacerbations. Un traitement de fond comprenant des corticoïdes inhalés est alors indiqué, mais pas toujours efficace. 
Le mépolizumab est un anticorps monoclonal humanisé qui agit en bloquant l'interleukine-5, une cytokine qui joue un rôle clé dans l’inflammation à éosinophiles. Testé chez les patients atteints d'asthme sévère avec hyperéosinophilie, le mépolizumab a montré sa capacité à réduire le nombre d'exacerbations. Par analogie, des auteurs ont examiné son intérêt au cours de la BPCO de phénotype éosinophile.

Deux essais de phase III (en double aveugle, randomisés contre placebo), METREX et METREO, l’ont évalué dans la BPCO. Le mépolizumab (100 mg dans METREX, 100 ou 300 mg dans METREO) a été administré par injection sous-cutanée toutes les 4 semaines pendant 52 semaines chez des patients atteints de BPCO et souffrant d'exacerbations modérées ou sévères, malgré un traitement inhalé comprenant des corticoïdes. Dans l’essai METREX, les patients initialement non sélectionnés ont été analysés séparément en fonction du nombre d'éosinophiles circulants (≥150/mm3 à l’inclusion ou ≥300/mm3 au cours de l'année précédente). Dans METREO, tous les patients inclus avaient un taux d'éosinophiles ≥150/mm3 à l’inclusion ou ≥300/mm3 au cours de l'année précédente. Les sujets aux antécédents asthmatiques et non fumeurs ont été exclus, mais pas les participants fumeurs avec antécédents d’asthme. Le taux annuel d'exacerbations modérées ou sévères a constitué le critère de jugement principal.

Le taux d’éosinophiles, un marqueur imparfait ?

Au cours de l’essai METREX, le taux annuel moyen d'exacerbations modérées ou sévères en intention de traiter chez les patients ayant un phénotype éosinophile (462 patients) a été de 1,40 par année dans le groupe mépolizumab, significativement plus faible que le taux d’exacerbation du groupe placebo qui était de 1,71 par an : le rapport est de 0,82 avec un intervalle de confiance à 95 % [IC95%] de 0,68 à 0,98 et un p égal à 0,04. Le délai jusqu’à la première exacerbation a également été plus long dans le groupe traité.

Au cours de l’essai METREO (674 patients au total), le taux annuel moyen d'exacerbations modérées ou sévères a été de 1,19/an dans le groupe mépolizumab à la dose de 100 mg, de 1,27/an dans le groupe mépolizumab à la dose de300 mg et de 1,49/an dans le groupe placebo. Les rapports de taux pour les exacerbations dans les groupes mépolizumab par rapport au groupe placebo sont de 0,80 (IC95% de 0,65 à 0,98, p=0,07) et de 0,86 (IC à 95% de 0,70 à 1,05; p=0,14), respectivement et la différence n’est donc pas significative.
 
Comme l’analyse CF McDonald dans son éditorial, ces résultats négatifs ou faiblement positifs nous enseignent que, probablement, le taux des éosinophiles circulants (pouvant être considérés comme dans les normes) est un marqueur imparfait et ne permet pas d’individualiser un sous-groupe homogène de patients atteints de BPCO qui pourraient bénéficier de ces nouvelles biothérapies. Il reste donc encore beaucoup de travail pour mieux clarifier le rôle des éosinophiles et mieux stratifier les patients.

Dr Béatrice Jourdain

Références
Pavord ID et coll. : Mepolizumab for Eosinophilic Chronic Obstructive Pulmonary Disease article. N Engl J Med 2017 ; 377 : 1613-1629. DOI: 10.1056/NEJMoa1708208
McDonald CF : Eosinophil biology in COPD. N Engl J Med 2017 ; 377 : 1680-1682.

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