Breaking (bad) news

Bad news a été certainement un grand succès du chanteur américain Moon Martin[1] en 1981 mais c’est là toute la légèreté que l’on peut prendre pour parler du sujet évoqué par  The Indian Journal of Psychiatry sur les « directives pour l’annonce de mauvaises nouvelles » . En matière médicale, une mauvaise nouvelle concerne toute information affectant négativement la vision d’un patient sur son avenir. Exemples : annonces d’un diagnostic de cancer ou d’une séropositivité au VIH, ou de l’existence d’une démence (révélée généralement au conjoint ou aux enfants du patient). Les auteurs le précisent, s’il en était besoin, une mauvaise nouvelle représente un message avec une connotation négative modifiant l’espoir ou le bien-être du destinataire, et susceptible de bouleverser son mode de vie. Annoncer de mauvaises nouvelles devient alors pour le médecin un art où il doit trouver un juste équilibre entre la vérité et l’espoir, en s’efforçant de « gérer aussi les conséquences émotionnelles chez les destinataires. »

Trouver la bonne distance entre la faible résilience présumée et le droit de savoir

L’annonce d’une mauvaise nouvelle peut d’ailleurs avoir des implications éthiques et médico-légales et la rétention d’informations par le praticien n’est pas toujours justifiée par l’argument ou le prétexte que le patient ne serait pas en mesure de gérer la révélation d’un diagnostic alarmant ou d’un pronostic très sombre. Mais il convient de trouver la bonne distance entre la faible résilience présumée du malade à cette annonce et son « droit de savoir », d’autant plus que le secret médical n’est (en France) « pas opposable au patient » lui-même (article L. 1111-7 du Code de la santé publique[2] précisant même que, malgré la nécessité du secret médical, « la présence d’une tierce personne » –un proche– « lors de la consultation de certaines informations peut être recommandée par le médecin les ayant établies ou en étant dépositaire, pour des motifs tenant aux risques que leur connaissance sans accompagnement ferait courir à la personne concernée » –le patient).

Qui devrait annoncer la mauvaise nouvelle ?

À la question « qui devrait annoncer une mauvaise nouvelle ? », les auteurs répondent que cette responsabilité incombe au chef de service ou à un consultant senior connu du patient et des membres de sa famille ou, à défaut, à un membre du personnel infirmier, dans certaines urgences où les praticiens sont indisponibles. En résumé, l’annonce de mauvaises nouvelles comprend cinq objectifs : 

  1. Le recueil d’informations auprès du patient « pour se faire une idée de son niveau actuel de connaissances sur la maladie et ses attentes. »
  2. La transmission d’information « avec clarté en gardant à l’esprit ce dont le patient a besoin et ce qu’il souhaite. »
  3. La fourniture d’un « soutien psychologique et d’une assistance appropriée pour affronter les conséquences de la mauvaise nouvelle. »
  4. La « réduction » de la solitude et de l’isolement, en rassurant (l’intéressé) sur le fait qu’il n’est pas abandonné. 
  5. L’élaboration d’un « plan de traitement et d’une stratégie en collaboration avec le patient. »

[1] https://www.lefigaro.fr/musique/bad-news-le-chanteur-moon-martin-est-mort-20200514 & https://www.youtube.com/watch?v=hMaEX78nA5w

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042685313#:~:text=La%20pr%C3%A9sence%20d'une%20tierce,courir%20%C3%A0%20la%20personne%20concern%C3%A9e

Dr Alain Cohen

Références
Kumar V et coll.: Clinical practice guidelines on breaking bad news. Indian J Psychiatry 2023; 65(2): 238-244.

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