Coup de chaleur sur la dépression

Le traitement de la dépression est basé sur la psychothérapie et les antidépresseurs, essentiellement aujourd'hui les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Cependant, une grande proportion des patients traités restent déprimés après plusieurs lignes de traitement, et il y a donc un manque criant de nouvelles voies thérapeutiques.

C’est à l’Université d’Arizona, au milieu du désert, qu’ont été développés ces dernières années des études animales, puis une étude pilote chez l’homme, visant à évaluer l’effet de l’augmentation expérimentale de la température du corps dans les épisodes dépressifs majeurs. Cette hypothèse repose sur le fait que, comme c’est la "règle" pour le système nerveux central, chaque région du cerveau est mise à profit pour plusieurs tâches. Certaines zones sont impliquées aussi bien dans la régulation de la température corporelle que dans celle de l’humeur, comme en témoignent les fines modifications de la régulation thermique que l’on peut retrouver chez les patients souffrant de dépression. 

1 heure au micro-onde… 

Janssen et coll. présentent dans le JAMA Psychiatry le premier essai contrôlé randomisé en double aveugle visant à évaluer l’efficacité d'une procédure d’hyperthermie corporelle. 

Les patients étaient essentiellement recrutés par publicité. Tous souffraient d'un épisode dépressif majeur avec un score HDRS (Hamilton Depression Rating Scale) supérieur ou égal à 16 et n'ayant pas encore reçu de traitement psychotrope.

Lors de l’unique séance de traitement, ces volontaires entraient tous dans une machine d'hyperthermie corporelle (Heckel HT3000 WBHsystem, WBH pour Whole Body Hyperthermia). La température des patients était augmentée au moyen de lumières infra-rouges au niveau de la poitrine, et de "serpentins chauffant" au niveau des extrémités, afin d’atteindre 38,5° de température corporelle environ, température qui était atteinte,  selon les patients, entre 81 et 141 minutes après le début de la procédure. Après avoir atteint ce niveau de réchauffement, les patients restaient dans la machine éteinte durant 60 minutes. Tout le processus (bruits, durée…) était identique pour les patients du groupe contrôle soumis à une procédure factice (la machine ne délivrant évidemment pas de chaleur). Dans le groupe placebo, les extrémités étaient réchauffées par les serpentins (ce qui n’a pas augmenté la température corporelle) pour augmenter la crédibilité du "contrôle". Ces précautions semblent avoir été efficaces pour respecter le double insu, en effet, 10 malades sur les 14 randomisés dans le groupe "placebo" ont estimé avoir bénéficié de la véritable procédure !

Un effet significatif sur les symptômes dépressifs

Seize malades ont été recrutés dans le groupe traitement, et 14 dans le groupe "placebo". Au cours des 6 semaines de suivi, l’étude a pu montrer un effet rapide et durable sur les symptômes dépressifs comme en témoigne l’échelle HDRS de Hamilton, avec en moyenne un score inférieur de 6,53 points dans le groupe traitement par rapport au groupe "placebo"  (IC95 : -9,90 à -3,16) une semaine après le traitement, et inférieur de 4,27 points à 6 semaines (IC95 : -7,94 à -0,61). Les effets indésirables étaient identiques dans les deux groupes.

A quel moment chauffer les patients ?

La qualité des précautions prises pour maintenir le double insu dans cette étude permet de bien évaluer l’efficacité de cette technique innovante, étonnante et prometteuse. On retrouve ici un effet, qui bien que modéré, est rapide et durable, tel qu’on peut le retrouver dans certains "nouveaux" traitements tel que la kétamine intraveineuse. Ici, l’apparente innocuité de la procédure est un argument de plus pour "chaudement" recommander de s’y intéresser.

Il reste cependant bien sûr beaucoup à faire pour confirmer l'intérêt de cette nouvelle voie thérapeutique, pour préciser sa place éventuelle dans l’arsenal thérapeutique et pour évaluer ses effets dans les dépressions résistantes.

Dr Alexandre Haroche

Références
Janssen, CW et coll. Whole-body hyperthermia for the treatment of major depressive disorder: a randomized clinical trial. JAMA Psychiatry 2016, publication avancée en ligne le 12 mai
(doi:10.1001/jamapsychiatry.2016.1031).

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Vos réactions (4)

  • Pauvre science !

    Le 23 juillet 2016

    Appréhender le vivant par une ou quelques variables n'est-il pas un peu simpliste ? La nature humaine est si complexe que la science se trouve bien démunie pour l'expliquer, tant sont nombreuses les variables en jeu.
    L'analyse des dépressions résistantes m'a toujours paru déficiente, vues par la science ; d'autant plus que la nosographie en a été démantelée au profit d'un seul type de diagnostic : "la Dépression". Combien de dépressions dites résistantes y a-t-il en rapport avec des problèmes relationnelles (ancienne dénomination de "dépressions situationnelles") et parfois des tentatives paradoxales de solutions face à des situations difficiles. Exemples : des conflits de couple ou de famille. J'ai connu des patient(e)s qui empêchaient, par leur dépression, une séparation par exemple ou au contraire favorisait le divorce en se montrant insupportable par leurs symptômes, surtout en cas d'alcoolisation secondaire. N'étudier que le fonctionnement interne d'un individu, sans s'interroger sur l'influence de l'environnement sur celui-ci et vice-et-versa n'est-il pas réducteur ?

  • Le bénéfice secondaire...

    Le 01 août 2016

    Dans toute pathologie, j'ai toujours été persuadée que la volonté d'en guérir était étroitement liée à la perte ou non d'un (ou plusieurs) bénéfice secondaire inhérent à celle-ci. On devrait dès lors poser cette question : "Que perdriez-vous à aller mieux ?" ou encore "Que gagneriez-vous à aller mieux ?" ou encore "quelque chose vous empêcherait-il de guérir ?". Vous seriez surpris des réponses... si la personne a accès à cette motivation qui peut être partiellement inconsciente.
    C. Durand

  • Le B-A Ba !

    Le 01 août 2016

    Mais oui, c'est évident, on ne traite pas qu'une maladie, mais une personne dans son environnement.
    Ce devrait être le B-A Ba de tout psychiatre, voire de tout médecin.
    G. Dinimant

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