La résilience, après Fukushima

Si les États-Unis déplorent la date du 11 Septembre, le Japon souffre toujours des conséquences du 11 Mars (2011), lorsqu’un « triple désastre[1] » dévasta la région de Fukushima : séisme, tsunami, puis accident nucléaire de niveau 7 (le plus élevé sur l’échelle internationale des aléas nucléaires).
Revenant sur le sort des rescapés, Psychiatric Quarterly rappelle que, six ans après cette catastrophe, « plus de 35 000 Japonais demeurent dans des logements temporaires. » Et comme on peut l’imaginer, beaucoup de ces survivants « sont confrontés à des problèmes de santé mentale » après avoir frôlé la mort, perdu parfois des proches dans la tragédie et subi d’importants préjudices matériels. Mais, conformément à l’expression de Pedro Calderón de la Barca au XVIIème siècle, « le pire n’est jamais certain. »

Un exemple édifiant

Étudiant le phénomène de résilience chez un petit groupe de participants (âgés de près de 70 ans en moyenne), encore logés dans des résidences « temporaires », après la perte de leur appartement (ou son inaccessibilité, suite à l’irradiation du secteur), les auteurs constatent que ces personnes expriment les perturbations subies dans leur existence mais aussi, de façon positive, « leurs stratégies d’adaptation pour atténuer les facteurs de stress. » Contrairement à ce qu’on pouvait redouter a priori, ces personnes demeurent « souvent optimistes et tournées vers l’avenir », affirmant « vouloir vivre intensément » après cette tragédie. Ces efforts de résilience s’appuient surtout sur deux éléments : la pratique d’un violon d’Ingres (comme le jardinage où les intéressés peuvent par exemple « montrer leurs compétences » pour faire pousser des fleurs) et l’importance du « soutien communautaire et familial. »
Ces capacités de résilience insoupçonnées sont « encourageantes » car, malgré l’âge et la vulnérabilité, ces personnes déplacées peuvent affronter le traumatisme d’une réinstallation imposée par le cours des événements. Bien que cette situation ne soit pas exactement transposable au sort de toute population déplacée (réfugiés politiques, migrants économiques...), les auteurs y voient un exemple édifiant pour comprendre comment la promotion de la résilience pourrait permettre de soutenir les facultés d’adaptation dans d’autres situations, vu le grand nombre des « personnes relocalisées et logées dans des abris temporaires. »

[1] http://fr.canoe.ca/infos/general/archives/2011/12/20111222-134239.html

Dr Alain Cohen

Référence
Claire L. Mann & coll.: Fukushima Triple Disaster and the road to recovery: a qualitative exploration of resilience in internally displaced residents. Psychiatr Quarterly 2017 ; publication avancée en ligne le 27 Octobre. doi.org/10.1007/s11126-017-9542-7

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