Germe isolé dans le liquide synovial : infection ou contamination ?

Le gold standard pour le diagnostic d’arthrite septique (AS) est l’isolement d’un germe dans le liquide synovial. A cet égard, les contaminations exposent classiquement à des erreurs diagnostiques et thérapeutiques. L’étude rétrospective de ML Fowler et coll. s’inscrit dans cette problématique. En effet, elle a identifié et caractérisé les patients concernés par une contamination du liquide synovial, à la fois sur le plan clinique, microbiologique et pronostique. Elle les a par ailleurs comparés à un groupe composé de patients atteints d’une AS authentique.

Entre 1998 et 2015, ont été inclus tous les patients âgés d’au moins 18 ans, admis dans un seul centre hospitalier tertiaire pour suspicion d’AS, chez lesquels les cultures du liquide synovial s’étaient révélées positives. Les contaminations bactériennes ont été évoquées par des spécialistes des maladies infectieuses impliqués dans la prise en charge des patients, le plus souvent devant une évolution clinique qui n’était pas celle d’une AS.

Au total, l’étude a concerné 308 patients atteints d’une AS confirmée et 22 cas de contamination du liquide synovial. Dans le groupe AS, comparativement à l’autre groupe : (1) l’âge était plus bas (60,9 ans versus 75,6 ans ; p < 0,01) ; (2) la lymphocytose périphérique plus élevée (78,0 % versus 69,4 % ; p < 0,01) ; (3) le taux de leucocytes dans le liquide synovial plus élevé (91 700/ml versus 25 600/ml ; p = 0,02) ; (4) la durée moyenne du séjour hospitalier plus longue (10,9 jours versus 6,7 jours ; p = 0,02). Le délai moyen écoulé avant que les cultures ne soient positives a été plus long dans le groupe des contaminations que dans l’autre (3,62 jours versus 1,4 jours ; p < 0,01). En cas d’AS, la probabilité d’un autre diagnostic rhumatologique dans l’année qui a suivi a été plus faible qu’en cas de contamination (3,0 % versus 36,4 % ; p < 0,01).

En conclusion, cette étude est la première à s’être penchée sur les caractéristiques cliniques et le devenir des patients soupçonnés d’AS, chez lesquels l’analyse du liquide synovial a in fine abouti au diagnostic de contamination bactérienne. Dans ce cas de figure, la maladie est moins sévère, le pronostic est meilleur et la probabilité d’un autre diagnostic rhumatologique dans l’année qui suit est élevée, puisqu’elle concerne plus d’un patient sur trois. Au total, les auteurs recommandent d’adopter une attitude conservatrice quand sont réunis les trois arguments suivants : suspicion de contamination du liquide synovial, discrétion des symptômes et absence de croissance bactérienne dans les 48 heures qui suivent la mise en culture.

Dr Philippe Tellier

Référence
Fowler ML et coll. : Pathogen or contaminant? Distinguishing true infection from synovial fluid culture contamination in patients with suspected septic arthritis. Infection 2017 Publication avancée en ligne le 1er août. doi: 10.1007/s15010-017-1051-y. Copyright

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