Ostéite pubienne du footballeur : l’apport de l’IRM

L’ostéite pubienne (OP) est une pathologie fréquemment rencontrée chez les sportifs de haut niveau. Elle consiste en un processus inflammatoire aseptique qui implique en priorité la symphyse pubienne, ce qui lui vaut parfois la dénomination de symphysite. En fait, elle peut également englober d’autres structures anatomiques de la région symphysaire, comme les tendons et les muscles. Les douleurs récurrentes et inflammatoires de l’aine en sont sa principale expression clinique. Leur répétition et leur aggravation peuvent d’ailleurs conduire à une gêne fonctionnelle qui va retentir sur l’activité sportive au point de conduire à son interruption. Son diagnostic repose certes sur l’examen clinique, mais aussi sur l’imagerie : à une époque, l’examen le plus pratiqué était indéniablement la scintigraphie osseuse, mais à l’heure actuelle, c’est l’IRM qui a pris le dessus.

Une étude de cohorte rétrospective s’est penchée sur l’apport de cette technique chez 24 footballeurs professionnels (23 de sexe masculin, âge moyen : 21±3,7 ans ; extrêmes : 16-30 ans), tous atteints d’une OP cliniquement probable, l’objectif principal étant d’établir une corrélation entre les résultats et l’évolution de la maladie.

L’analyse des données de l’IRM obtenues avec un aimant de 3T a conduit à la recherche des signes suivants : (1) œdème médullaire : présence et étendue ; (2) présence d’un épanchement symphysaire ou d’un œdème tissulaire péri-articulaire ; (3) œdème des muscles périsymphysaires ; (4) présence d’un œdème périosté avec un signe de l’anneau ; (5) altérations dégénératives ou instabilité de la symphyse pubienne.
 
L’intensité du signal en rapport avec l’œdème médullaire sur les séquences STIR a été systématiquement mesurée et les valeurs moyennes obtenues ont été normalisées par rapport au muscle psoas-iliaque homolatéral. Les résultats obtenus ont permis de classer les patients sur une échelle à 3 points. Pour chacun des participants, ont été pris en compte : (1) la durée des symptômes par rapport à l’IRM initiale ; (2) la durée d’arrêt de l’activité sportive ; (3) les modalités du traitement.

Le plus souvent, un œdème médullaire

Dans la majorité des cas (20/24 ; 83, 3 %), l’IRM a révélé un œdème médullaire au sein des structures osseuses pubiennes. Dans 12 cas, la récupération clinique a été complète au terme de 18 mois, partielle dans 8 cas, avec la persistance de douleurs de l’aine lors des activités sportives les plus intenses. L’existence d’un œdème péri-articulaire intéressant les tissus ou les muscles situés autour de l’articulation symphysaire sur l’IRM diagnostique initiale a été plus souvent associée à une récupération partielle lors de la reprise d’une activité physique intense (respectivement, p=0,042 et p=0,036). Cette dernière éventualité a été également associée à un signal normalité beaucoup plus intense sur les séquences STIR au moment où les symptômes ont débuté (soit 4,77±1,63 versus 2,86±0,45 en cas de récupération complète ; p=0,0019). En revanche, aucune autre association significative n’a été mise en évidence entre les données de l’IRM et la durée de l’arrêt de l’activité sportive de haut niveau, pas plus qu’entre l’échelle à 3 points entre et la récupération fonctionnelle à 18 mois.

L’IRM confirme ainsi sa place de premier choix dans le diagnostic de l’OP, mais aussi dans l’évaluation de son pronostic qui est capitale chez les sportifs professionnels, en l’occurrence les footballeurs. Certains paramètres semblent plus discriminants que d’autres sur le plan pronostique : c’est notamment l’œdème périsymphysaire quand il s’étend aux muscles et autres tissus mous. C’est aussi l’intensité du signal en rapport avec l’œdème médullaire des structures osseuses pubiennes sur les séquences STIR. Ces signes ont toute leur valeur quand ils sont recueillis au début de l’évolution.

Dr Philippe Tellier

Référence
Gaudino F et coll. : Osteitis pubis in professional football players: MRI findings and corrélation with clinical outcome. Eur J Radiol 2017 ; 94 : 46-52.

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