Intérêt du dosage de la globuline liant les hormones sexuelles dans l’hypogonadisme masculin

L’hypogonadisme concernerait 20 % des hommes de plus 60 ans et 50 % des plus de 80 ans. Le dosage habituel est alors celui de la testostéronémie totale (TT). Le seuil de TT (dosée le matin) au-dessous duquel on parle d’hypogonadisme varie selon les institutions, de 230 à 300 ng/dl. De plus, certains proposent d’y associer le dosage de la testostérone libre (TL), de la testostérone biodisponible (TB), et aussi de la FSH, de la LH, voire de la prolactine. La testostérone circulante représente un équilibre entre la TL (3 %) et celle liée aux protéines, elle-même subdivisée entre la testostérone liée à l’albumine (50 %) et celle liée aux globulines (SHBG ou sex hormone binding globulin, environ 44 %). Or au fur et à mesure que la TT décroît, on voit monter le taux de la globuline liant les hormones sexuelles. Des auteurs américains ont donc voulu montrer l’intérêt du dosage de la SHBG chez les hommes hypogonadiques ou infertiles.

Les données recueillies ont concerné 168 hommes ayant consulté entre 2012 et 2014, ne prenant pas de médicaments susceptibles de modifier la TT (tel que le clomifène). Un taux de TL <5 ng/dl ou de TB <156 ng/dl ont été considérés comme indicateurs d’un hypogonadisme, même si la TT était >300 ng/dl. Les patients ont été divisés en deux groupes : le groupe 1 (TT <300 ng/dl) et le groupe 2 (TT normale, mais présence d’anomalies de la TB ou de la SHBG). Tous ont eu un spermogramme et on a aussi tenu compte de l’existence, de l’importance et de la bilatéralité d’une varicocèle.

Une aide supplémentaire au diagnostic

Le groupe 1 comportait 78 hommes (46 %). Parmi les 90 patients du groupe 2, 18 (20 %) avaient une TB <156 ng/dl et 29 (32 %) une TB limite, entre 156 et 210 ng/dl, ne laissant que 43 patients (48 %) véritablement eugonadiques. Parmi les 78 sujets du groupe 1, 15 (19 %) avaient un taux de TB peu diminué, permettant aussi de les ranger dans les eugonadiques.

La SHBG s’est ainsi révélée être le seul paramètre permettant de reconnaître les vrais hypogonadismes établis par l’effondrement de la TB ou de la TT. Il a aussi été constaté une élévation de la FSH, corrélée avec une chute de la TL (mais pas de la TT). Avec l’âge, on assiste à une chute des TT, TB et TL et à une augmentation de la SHBG, elle-même liée à des anomalies du spermogramme, s’agissant essentiellement d’une oligospermie.
Au total, la prise en compte de la SHBG, en plus de la testostérone totale et des ses fractions, améliore le diagnostic chez les hommes infertiles.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Ring J. et coll. : The utility of sex hormone-binding globulin in hypogonadism and infertile males. J Urol 2017 ; 197 : 1326-1331.

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Vos réactions (1)

  • Intérêt du dosage de la SHBG dans le cancer de la prostate

    Le 02 novembre 2017

    Cet article de l’équipe de Ring étonne à plus d’un titre.

    En premier, il défend l’intérêt de la SHBG lors de toute prescription de testostérone (TT), ici, pour les seuls hypogonadismes des personnes de plus de 60 ans.

    En second, cet intérêt existe aussi dans le cancer prostatique. Ce sont les mêmes patients qui présentent un risque de cancer prostatique. C’est d’autant plus intéressant.

    Ainsi la SHBG s’est révélée être le seul paramètre permettant de reconnaître les vrais hypogonadismes si ces derniers sont établis par des signes cliniques et par l’effondrement de la TT.

    De plus, les auteurs sont parvenus chez la totalité de leurs 168 patients à obtenir un spermogramme.

    Il faudrait continuer dans cette voie en ajoutant la recherche des cellules tumorales circulantes et, si possible leur ADN.

    Cela permettrait de les diviser en cancers quiescents prouvés ou en cancers à forte tendance métastatique.

    Les auteurs estiment que le dosage de la testostéronémie totale matinale (TT) suffit à diagnostiquer chez nos patients l’hypogonadisme et ceci à tout âge.

    Le seuil de TT au-dessous duquel on parle d’hypogonadisme varie de 2,30 à 3,00 ng/ml selon les LAM. On ne gardera par facilité des discussions thérapeutiques que le second chiffre : 3 ng/ml.

    Tous les hommes, en prenant de l’âge, sont censés subir cette andropause biologique en dessous de 3 ng/ml. Or ce n’est pas le cas de 80 % des hommes de plus de 60 ans et de 50 % des plus de 80 ans.

    Comment le savons-nous ? C’est que l’hypogonadisme, ainsi défini comme dans cette recension du JIM, concerne 20 % des hommes de plus 60 ans et 50 % des hommes de plus de 80 ans.

    On ne peut pas s’empêcher de remarquer que le cancer de la prostate chez l’homme (mais pas chez le chien) survient, approximativement, dans les mêmes proportions pour les mêmes tranches d’âge.

    Pourquoi cette protection des chiens ? Les chiens secrètent des pics de testostérone lors de la capture olfactive des phéromones des chiennes en chaleur situées dans des périmètres de 5 à 10 kms.

    D’où résulte une recrudescence temporaire de la DHT et de l’aromatisation en 17 béta estradiol, d’où un meilleur équilibre entre la croissance et l’apoptose qui détruit leur cancer prostatique dès sa naissance.

    De là à considérer que des taux de TT plus élevés que 4 ng/ml chez l’homme sont de bonnes indications en faveur de l’absence de cancer prostatique, un pas assez difficile à établir. Regardez vous-même.

    De là à considérer que sont de bonnes indications anticancéreuses les administrations de testostérone à ceux des hommes qui en manquent, c’est encore plus difficile à décider.

    Et pourtant nos anciens en prescrivaient. Le VIDAL de 1965 en faisait la publicité. J’ai gardé ce VIDAL de l’époque de mes douze remplacements de médecins généralistes.

    La décision est encore plus difficile à prendre s’ils sont victimes d’un cancer prostatique « quiescent ». Ce dernier bien établi donne l’envie de s’abstenir de toute décision hormonale ou chirurgicale.

    Ce qui serait utile serait de savoir comment un taux élevé de TT pourrait être, en quelque sorte, à l’origine d’une absence de cancer prostatique. Attention je suis ici hors de la doxa.

    La testostérone circulante voyage à l’état libre TL (3 %) bien peu et elle est cachée. Elle voyage dans un véhicule, ou plutôt dans deux véhicules qui la conduisent aux seuls récepteurs des androgènes.

    Ces 2 modes de transport sont l’albumine (50 %) et la SHBG ou sex hormone binding globulin (44 %).

    Or au fur et à mesure que la TT décroît, on voit monter le taux de la SHBG. D’où la disparition de l’apoptose.

    L’administration du 17 béta estradiol, tout comme l’administration des œstrogènes artificiels est facile à dépister. En effet le taux de SHBG ne fait pas qu’augmenter. Il est multiplié par un facteur 3 à 5.

    De 1983 à 1993 nous avions remarqué que les hommes porteurs d’un cancer prostatique traités par nos soins par des analogues de LHRH présentaient des gynécomasties dans un ordre de 14 %.

    Les dosages de la SHBG nous ont vite donné une explication cachée : ils prenaient en cachette des œstrogènes. Ce groupe avait d’ailleurs de meilleurs taux de survies.

    Il faut comprendre que l’aromatisation de la testostérone libre en 17 œstradiol est amoindrie par la double capture de l’hormone libre, à la fois par la SHBG et par les récepteurs des androgènes.

    Si les œstrogènes sont les modérateurs du cancer prostatique, comme ce fut démontré en 1952 par l’AFU et Huggins, on comprend que des régulateurs naturels protègent les mammifères de ce cancer.

    Il va de soi que le dosage de la SHBG chez les hommes hypo gonadiques ou infertiles et même chez les porteurs d’un cancer prostatique est des plus intéressants.

    Dr Jean Doremieux

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