Tous ce que vous avez toujours voulu savoir sur…le sperme et la morbidité

La qualité du sperme peut être appréciée de manière qualitative et quantitative. Ce fluide biologique, pour être d’un genre particulier, n’en possède pas moins quelques points communs avec les autres fluides de l’organisme. Sa composition est notamment un reflet de la spermatogenèse qui est elle-même liée à une multitude de paramètres et de régulations physiologiques. La teneur en spermatozoïdes dépend de facteurs tout aussi multiples, mais ce paramètre aisément mesurable est indéniablement corrélé à l’état biologique de l’individu, voire à son état de santé. D’ailleurs, il s’agirait, selon certaines sources et hypothèses, d’un marqueur biologique de la morbidité, voire de la mortalité à long terme, encore que rares soient les études consacrées à ce sujet qui suscite un intérêt épidémiologique des plus modérés.

Une étude prospective réalisée au sein du centre hospitalier de Frederiksberg (Danemark) s’est néanmoins penchée sur la question. Elle a reposé sur un registre, en l’occurrence le Danish National Patient Registry qui a permis de suivre une cohorte de 5 370 hommes inclus entre 1977 et 2010, alors qu’ils avaient consulté pour bilan d’une stérilité. Le suivi a porté sur 4 712 d’entre eux, jusqu’à leur décès ou encore la fin de l’étude. Une classification a été établie en fonction des hospitalisations et de leurs motifs, ainsi que des pathologies suivantes : maladie cardiovasculaire (MCV), diabète, cancer du testicule ou de la prostate.

Moins d’hospitalisations à venir avec un spermogramme de qualité !

Une association a été établie entre une concentration de spermatozoïdes < 15 millions/ml et le risque d’hospitalisations, soit un hazard ratio (HR) estimé à 1,5 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,4-1,6), comparativement aux valeurs > 40 millions/ml. Une relation similaire a été mise en évidence pour le risque d’hospitalisation pour MCV ou diabète, avec un RR là aussi estimé à 1,4 (IC, 1,2-1,6). La probabilité d’une hospitalisation s’est également avérée plus élevée en cas de faible mobilité des spermatozoïdes ou encore d’un nombre total réduit dans l’éjaculat. Les concentrations particulièrement élevées de spermatozoïdes, de l’ordre de 195 à 200 millions/ml, sont également de bon aloi, puisqu’elles ont été associées à une première hospitalisation bien plus tardive, soit 7 ans plus tard en moyenne versus les faibles teneurs en spermatozoïdes (< 0,5 millions/ml).

En d’autres termes, un spermogramme de qualité serait un gage sinon de bonne santé à long terme, du moins de morbidité moindre, avec à la clé moins d’hospitalisations notamment pour MCV ou diabète. La qualité du sperme semble donc être un puissant biomarqueur de l’état de santé général, mais elle ne semble pas annoncer une longévité hors normes, la moindre morbidité étant déjà une bonne nouvelle. Cette étude épidémiologique va au demeurant dans le sens des hypothèses qui ont été formulées de longue date sur ce sujet, exception faite de la mortalité.

Dr Philippe Tellier

Référence
Latif T et coll. : Semen Quality as a Predictor of Subsequent Morbidity: A Danish Cohort Study of 4,712 Men With Long-Term Follow-up. Am J Epidemiol., 2017 ; 186: 910-917.

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Vos réactions (1)

  • Vivre, survivre par la reproduction

    Le 28 octobre 2017

    En résumé cette étude assez originale affirme qu’un spermogramme de qualité serait un gage, sinon de bonne santé à long terme, du moins de morbidité moindre. La qualité du sperme semble donc être un puissant biomarqueur de l’état de santé général.

    Sommes-nous devant une application ou une preuve des théories de Darwin ?

    HENRI LABORIT dans ELOGE DE LA FUITE le pensait qui écrivait : « Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l'œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n'a pas d'autre raison d'être, que d'être. Mais pour être, elle n'a pas d'autres moyens à utiliser que le programme génétique de son espèce. Chaque espèce possède ses moyens spécifiques pour la faim, la soif, la lutte, la fuite et … pour la reproduction.

    Dr Jean Doremieux

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