A la recherche d’un lien entre adjuvants et maladies auto-immunes

La question très actuelle de déterminer s’il existe un lien de causalité entre adjuvants contenus notamment dans les vaccins et apparition de maladies auto-immunes est pour le moins délicate et polémique. Cependant, le Pr Schoenfeld tente d’y répondre depuis quelques années. Après la description en 2011 du syndrome ASIA qui porte également son nom, il a crée le registre ASIA afin de recenser les cas où des maladies inflammatoires et auto-immunes  sont apparues après administration d’un adjuvant.

Le syndrome ASIA (autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants) correspond donc à l’apparition de signes cliniques et/ou biologiques dysimmunitaires et/ou inflammatoires dans les 10 ans après exposition à des substances comme le silicone, les sels d’aluminium, les adjuvants de Freund contenus dans les vaccins, mais également les huiles minérales ou les implants métalliques. Cependant, devant le peu de cas rapportés, la polémique s’installe : coïncidence ou cause ?

C’est pourquoi il est important de recueillir des données épidémiologiques, cliniques et biologiques. Ainsi jusqu’en décembre 2016, le registre ASIA a permis d’analyser 300 cas exploitables.

Des données évocatrices mais pas de conclusions hâtives

Trois groupes ont été définis selon l’exposition soit aux vaccins (119 personnes (39,7 %), soit à du matériel étranger de type silicone, implant en métal, remplissage cosmétique (103 personnes, 34,3 %) soit aux 2 (78 personnes, 26 %).

Sur les 300 cas, 86,7 % était des femmes, et 13,3 % des hommes, d’âge moyen 37,6 ans. Le délai moyen d’apparition des symptômes était de 31 mois. Parmi les patients, 20,3 %  avaient des antécédents personnels ou familiaux de maladies auto-immunes, 47 des antécédents d’allergie ou un profil atopique dont 25 % avaient une allergie documentée au nickel ou à d’autres métaux.

Du matériel étranger a été identifié chez 105 patients : produits cosmétiques de remplissage (huile minérale, acide hyaluronique, polyalkylimide, gel de polyacrylamide et collagène), implants métalliques. 

Deux-cent trente malades (76,7 %) avaient reçu des vaccins au cours des 10 années précédentes (54,8 % HBV, 20,8 % HPV, 13,9 % grippe, 24 autres : diphtérie, tétanos, ROR).

Les signes cliniques répertoriés étaient des arthralgies (61 %), une fatigue chronique (59 %), des myalgies (49 %), des troubles du sommeil (37 %), une faiblesse générale (33 %), un syndrome de Sjögren (18 %), de la fièvre (34 %), des arthrites (29 %), et des troubles neurologiques (26 %).

Cliniquement, les auteurs ont retrouvé des connectivites (26 %), des vascularites essentiellement à cellules géantes (5,3 %), un cas de maladie de Behçet, un purpura de Schönlein-Henoch ainsi que 2 cas de sarcoïdose cutanée après injection d’acide hyaluronique  et poly-L acide lactique, 12  cas de diabète de type I, 5 cas d’hépatite auto-immune.

Cent cinquante cinq patients avaient des anticorps anti-antinucléaires positifs, dont 14 anti-Sm, 12 anti-DNA, 18 SSA, 5 SSB, 8 anti-RNP, 2 anti-Scl-70 et 4 antiphospholipides, 8 FR, 1 CCP, 8 TPO.

Sur le plan statistique, les femmes avaient plus souvent que les hommes de la fièvre (p = 0007), des arthralgies (p < 0,001), des myalgies (p = 0,011), des douleurs chroniques (p = 0,002) des troubles cognitifs (p = 0,004) et une faiblesse générale (p < 0,001).

L’importance d’un registre

Les auteurs ne remettent absolument pas en question la vaccination, dont ils soulignent que les effets bénéfiques sont largement supérieurs aux effets néfastes. Cependant, ils s’interrogent sur la susceptibilité de certaines personnes à développer des maladies inflammatoires.

Le nombre de cas rapportés dans le registre ASIA est faible limitant la portée des observations.  Cependant, il est vraisemblablement sous estimé. En effet, ce registre est peu connu et peu alimenté hormis par quelques rhumatologues. Comme pour toutes les pathologies rares, les registres permettent de recenser des cas, de bien les comprendre. Il est donc nécessaire de les alimenter.

Les médecins ont simplement à remplir un questionnaire qui sera ensuite analysé par des experts indépendants.

Il convient néanmoins d’être prudent et de ne pas extrapoler les résultats. Des études objectives basées sur un recensement correct des patients permettront de mieux comprendre ces phénomènes inflammatoires.

Dr Sylvie Coito

Référence
Watad A et coll. : The autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants (ASIA)/Shoenfeld’s syndrome : descriptive analysis of 300 patients from the international ASIA syndrome registry. Clin Rhumatol., 2017 ; publication avancée en ligne le 25 juillet. Doi10.1007/s10067-017-3748-9.

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Vos réactions (1)

  • Absurde

    Le 09 septembre 2017

    Ce travail est incompréhensible. Comment peut-on dénommer "induced by adjuvants" un prétendu "registre" de cas dont on ne sait justement pas s'il sont dus à la moindre relation de cause à effet ? Il me semble s'agir d'une simple collecte de déclarations venant de praticiens convaincus d'une telle causalité, qui révèle non pas l'existence d'une cohorte de patients, mais l'existence d'un groupuscule de médecins sous influence.
    Les "statistiques" ainsi obtenues n'ont à l'évidence aucune signification, d'une part parce qu'il s'agit d'une sélection biaisée et nullement d'un registre exhaustif, d'autre part parce qu'on ne dispose d'aucune cohorte de comparaison, constituée de l'ensemble des patients issus de la même population présentant un syndrome auto-inflammatoire ou auto-immun en l'absence de tout stimulus adjuvant dans les 10 années précédentes.

    PR

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