Adénocarcinome séreux de l’ovaire: le pronostic varie selon le type d’atteinte hépatique secondaire

Les tumeurs épithéliales malignes sont à l’origine de 60 à 75 % des cancers de l’ovaire. Le cystadénocarcinome séreux ovarien (CSO) est, de loin, la forme la plus fréquente, puisqu’à lui seul, il représente environ 40 % des tumeurs épithéliales ovariennes. Ces lésions se développent lentement, à bas bruit, au point qu’il n’est pas rare de les diagnostiquer au stade de la dissémination métastatique. Les organes les plus touchés sont alors le foie, le péritoine, les poumons et, plus rarement le cerveau ou le squelette. Un bilan d’extension exhaustif s’avère ainsi nécessaire pour optimiser la prise en charge. L’atteinte hépatique est de mauvais augure, mais elle peut revêtir plusieurs formes de pronostic variable, comme le suggèrent les résultats d’une étude rétrospective dans laquelle ont été incluses 244 patientes (d’âge moyen de 59,0 ± 10,7 ans ; extrêmes, 19-93 ans) atteintes d’un CSO histologiquement prouvé. L’objectif a été effectivement de préciser la fréquence, la typologie et le pronostic de l’atteinte hépatique métastatique.

Toutes les observations médicales et tous les examens d’imagerie réalisés au cours d’un suivi d’une durée médiane de 44 mois (écart interquartile [EIQ] de 27 à 70) ont été revus en détail. Il a été ainsi possible de distinguer trois types d’atteinte hépatique ou périhépatique :

- invasion ou non du parenchyme hépatique (IPH) à partir de  métastases péritonéales péri-hépatiques (MPPH) ;
-métastases hépatiques hématogènes (MHH).

Les associations entre ces formes et le pronostic ont été étudiées au moyen d’une analyse univariée, complétée par une analyse multivariée selon le modèle des risques proportionnels de Cox.

Au total, 84 des 244 patientes (34 %) ont développé des métastases péritonéales périhépatiques, parmi lesquelles 55 (23 %) ont évolué vers une IPH au terme d’un suivi médian de 43 mois (EIQ de 25 à 63). Les MHH ont été le fait de 38 patientes (16 %) au terme de 42 mois (EIQ de 26 à 64).

En analyse multivariée, les variables les plus étroitement associées à l’évolution vers l’IPH ont été : (1) l’âge (hazard ratio, HR : 1,03 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,009 à 1,07 ; p = 0,008) ; (2) une cytoréduction sous-optimale (HR = 2,13 ; IC95 de 1,12 à 4,07 ; p = 0,03).

Pour leur part, les MHH ont été associés à : (1) un âge plus élevé (HR = 1,04 ; IC95 de 1,008 à 1,08 ; p = 0,01) ; (2) une tumeur de grade élevé (HR = 6,75 ; IC95 de 1,44 à 120,5 ; p = 0,01) ; (3) un stade avancé (HR = 3,16 ; IC95 de 1,04 à 4,56 ; p = 0,03).

La durée de la survie globale s’est avérée similaire, qu’il y ait ou non une IPH, soit une valeur médiane de 80 mois (EIQ de 50 à non déterminé) versus 123 mois (EIQ de 49 à 279 ; p = 0,60). En revanche, les MHH ont été associées à une survie globale plus brève en analyse univariée, soit une médiane de 63 mois (EIQ de 43 à 145) versus 145 mois (EIQ de 50 à non déterminé, p = 0,006). En analyse multivariée, le HR correspondant a été estimé à 1,88 (IC95 de 1,14 à 3,28 ; p = 0,03).

En bref, cette étude rétrospective souligne l’intérêt d’une évaluation la plus précise possible de l’atteinte hépatique secondaire à un CSO. Il importe notamment d’individualiser, à l’aide des critères radiologiques appropriés, les métastases hématogènes qui sont significativement associées à une survie plus brève. L’invasion parenchymateuse secondaire aurait la même signification pronostique que l’atteinte péritonéale, ce qui reste à confirmer par des études prospectives, mais ce qui parait vraisemblable à la lueur des connaissances déjà acquises dans ce domaine.

Dr Philippe Tellier

Référence
O'Neill AC et coll.: Patterns and Prognostic Importance of Hepatic Involvement in Patients with Serous Ovarian Cancer: A Single-Institution Experience with 244 Patients. Radiology 2017 ; 282: 160-170.

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