Adrénaline en cas d’arrêt cardiaque non choquable : chaque minute compte !

Le pronostic de l’arrêt cardiorespiratoire (ACR) survenant en dehors du milieu hospitalier est un peu moins sombre quand il existe un trouble du rythme ventriculaire inaugural accessible à la cardioversion. Si ce n’est pas le cas, l’ACR est considéré comme non choquable et il reste l’adrénaline injectable comme ultime recours, mais les effets de cette intervention pharmacologique sur la survie sont in fine mal connus.

Une analyse secondaire a été réalisée dans le cadre du réseau dit Resuscitation Outcomes Consortium network, à partir des données recueillies chez tous les patients victimes d’un ACR survenu entre le 4 juin 2011 et le 30 juin 2015 en dehors du milieu hospitalier, quel que soit leur âge.

Dans tous les cas, il n’existait aucun trouble du rythme ventriculaire accessible à la cardioversion. Ont été exclus les patients qui ont eu la chance d’un retour à une circulation spontanée en moins de dix minutes. C’est le délai (en minutes) entre l’arrivée du premier secouriste ou urgentiste et la première dose d’adrénaline qui a été considéré en premier lieu et l’administration a été qualifiée de précoce (< 10 minutes) ou tardive (≥ 10 minutes). Le taux de survie à la sortie de l’hôpital a constitué, pour sa part, le critère de jugement primaire.

Au total, sur les 55 568 ACR initialement inclus dans l’étude, 32 101 ont été finalement sélectionnés, car considérés d’emblée comme non choquables. Ils ont été répartis en 2 groupes, selon le moment auquel l’adrénaline a été administrée : précoce (< 10 minutes ; n = 12 238) versus tardif ((≥ 10 minutes ; n= 14 517), les 5 346 patients restants n’ayant pas reçu ce médicament. Après ajustement selon les facteurs de confusion potentiels, une relation a été établie entre le délai écoulé séparant l’arrivée de l’urgentiste de l’injection d’adrénaline et les chances de survie : chaque minute de perdue a été associée à une diminution du taux de survie chez les adultes (odds ratio ajusté, ORa, = 0,96 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 0,95-0,98). Une analyse par sous-groupe  (n = 13 290) prenant en compte le pronostic neurologique a révélé une association similaire (ORa = 0,94 par minute ; IC, 0,89-0,98).

Taux de survie diminué quand plus de 10 minutes se sont écoulées

L’administration tardive d’adrénaline (versus administration précoce) a été associée à un taux de survie diminué de plus de 18 %, l’OR correspondant étant estimé à 0,82 (IC, 0,68-0,98). Dans le groupe des enfants (n = 595), les chances de survie ont été de 9 % plus faibles pour chaque minute perdue avant l’administration d’adrénaline, soit un OR de 0,91/ mn (IC, 0,81-1,01).

Chez les patients victimes d’un ACR non choquable, l’administration d’adrénaline se fait, dans la majorité des cas, en moins de dix minutes après l’arrivée des premiers secours. Chaque minute de retard est associée à une diminution des chances de survie et à un pronostic neurologique plus péjoratif. C’est donc sur ce facteur qu’il faut jouer pour gagner en efficacité dans un tel contexte.

Dr Catherine Watkins

Référence
Hansen M et coll. : Time to Epinephrine Administration and Survival From Non shockable Out-of-Hospital Cardiac Arrest Among Children and Adults. Circulation. 2018; 137 (19):2032-2040.

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