Alcool, stupeur et tremblements

Le 23 août dernier paraissait, dans la prestigieuse revue The Lancet, une méta-analyse sur le poids que fait peser la consommation d’alcool dans le monde. Elle concluait qu’aucune consommation d’alcool, même minime, ne serait sans danger pour la santé. Dans l’hexagone, où, comme le faisait ironiquement remarquer Oscar Wilde, « les français sont si fiers de leurs vins qu’ils ont donné à certaines de leurs villes le nom d’un grand cru », la nouvelle n’est pas passée inaperçue. Tandis que l’ensemble de la communauté scientifique et médiatique s’agite en se remémorant les supposées vertus protectrices du verre de vin par jour vis à vis des cardiopathies ischémiques, examinons d’un peu plus près l’objet de ces préoccupations. 

Financée par la fondation Bill et Melinda Gates, cette étude avait pour but d’estimer la consommation globale d’alcool, ainsi que ses conséquences en termes de décès (23 pathologies liées à l’alcool ont été étudiées) et de DALY (Disability-adjusted Life-years, l’espérance de vie corrigée de l'incapacité), sur une gigantesque cohorte suivie de 1990 à 2016 dans plus de 195 pays.

Pour ce faire, une méta-analyse portant sur près de 600 études et 700 bases de données individuelles ou populationnelles a été réalisée.

Les résultats ont montré que la consommation d’alcool était le septième principal facteur de risque de décès ou de développement d’une des 23 pathologies étudiées (pancréatite, AVC, cancers, accidents…) ; 2,2 % des décès chez les femmes et 6,8 % chez les hommes (les taux ayant été ajustés sur l’âge) lui seraient liés.

Ce sont surtout les jeunes qui trinquent...

Ce sont surtout les jeunes, représentés par la classe d’âge des 15-49 ans, qui trinquent... L’alcool, dans ce sous-groupe, demeure le principal facteur de risque de décès (3,8 % chez les femmes et 12,2 % chez les hommes.) Chez les plus de 50 ans, c’est principalement le risque de décès par cancer provoqué par l’alcool qui augmenterait.

Enfin, le couperet tombe lorsqu’on atteint le paragraphe sur les résultats : boire un verre par jour pendant un an augmenterait de 0,5 % le risque de développer une des 23 pathologies associées à l’alcool chez les plus de 15 ans, par rapport aux abstinents. La consommation d’alcool ne connaîtrait donc pas d’effet seuil, seule l’abstinence totale procurerait une minimisation des risques.

Toutefois, avant de prévoir des mesures économico-juridiques drastiques, regardons les chiffres autrement. Une augmentation d’un risque de 0,5 % est difficile à se représenter tant le chiffre est faible. Cette étude, sur des bases statistiques pures, ne saurait justifier une politique de prohibition. Si l’alcool peut être la promesse de tourments, s’en préserver totalement ne fera pas nécessairement de vous un centenaire en forme olympique. L’ivresse des chiffres aveugle les populations et demeure mauvaise conseillère. Même en prévention, il faut savoir raison garder et consommer avec modération…

Dr Justine Diehl

Références
GBD 2016 Alcohol Collaborators. : Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016 Lancet. 2018, publication avancée en ligne le 23 aout. doi: 10.1016

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