Allergie à la pénicilline : démêler le vrai du faux

Entre 5 et 16 % des patients se disent allergiques à la pénicilline. Il s’agit souvent d’une affirmation erronée, puisque, selon certains travaux, l’allergie est réfutée après avis d’un allergologue dans 95 % des cas. La différence entre les allégations d’allergie à la pénicilline et la réalité tient souvent d’une erreur de diagnostic (exanthème viral pris pour une allergie) ou d’une mauvaise interprétation (une intolérance, avec céphalées ou troubles digestifs peut être signalée comme une allergie). Il en résulte que les prescriptions de pénicilline (et souvent bêta-lactamines et céphalosporines) sont injustement évitées chez la majorité des patients qui se disent allergiques, et remplacées par des traitements à plus large spectre, avec les risques de sélection de souches résistantes que cela comporte, et susceptibles d’être à l’origine d’effets indésirables plus graves.
 
Pour préciser les conséquences que peut avoir le fait d’être « étiqueté » allergique à la pénicilline, une équipe a réalisé une étude de cohorte comportant plus de 300 mille adultes sans antécédent de portage de Staphylococcus aureus méticilline résistant (SARM) ou d’infection à Clostridium difficile. Une allergie à la pénicilline était notée dans les dossiers de 64 mille d’entre eux et ils ont été comparés aux autres patients inclus, sujets témoins. Le critère principal de l’étude était le risque d’apparition d’un MSRA ou d’une infection à C.difficile au cours d’un suivi moyen de 6 ans.

Davantage de SARM et de C.difficile

Le fait d’être considéré comme allergique à la pénicilline est associé à une augmentation de 69 % du risque de SARM et de 26 % de celui d’infection à C.difficile. La notification d’une allergie à la pénicilline dans le dossier des patients conduit en effet à une utilisation plus fréquente des alternatives aux β-lactamines, avec 4 fois plus de risque de se voir prescrire un macrolide ou la clindamycine, et 2 fois plus de risque de recevoir une fluoroquinolone. L’augmentation de l’utilisation des alternatives aux β-lactamines compte pour 55 % de la hausse du risque de MRSA et pour 35 % de celle du risque de C.difficile.

Ces résultats soulignent l’intérêt de ne pas s’arrêter à une allégation d’allergie à la pénicilline, mais plutôt d’adresser systématiquement ces patients à un allergologue. Cela permettrait d’éviter les substitutions inutiles par des traitements moins « écologiques ».

Dr Roseline Péluchon

Références
Blumenthal K.G. et coll. : Risk of meticillin resistant Staphylococcus aureus and Clostridium difficile in patients with a documented penicillin allergy: population based matched cohort study. BMJ 2018;361:k2400

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