Antibiothérapie : des changements d’habitudes mais pas de réduction vraie

La prescription d’antibiotiques reste un défi important de santé publique. Les prescriptions inappropriées constituent une large part de leur usage et contribuent fortement à l’apparition des résistances. Et, malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, les prescriptions ne diminuent que très peu dans les pays développés. Les personnes âgées sont particulièrement concernées par la surconsommation d’antibiotiques puisqu’elles en consomment en moyenne 50 % de plus par personne que les plus jeunes. Elles sont aussi à plus grand risque de complications, parmi lesquelles l’infection à Clostridium difficile.

4,5 millions de sujets de plus de 65 ans

Une équipe états-unienne a réalisé une étude observationnelle avec l’objectif d’analyser les tendances de l’utilisation des antibiotiques chez les personnes de 65 ans et plus, bénéficiaires de Medicare, entre 2011 et 2015. Les données de plus de 4,5 millions d’individus ont été examinées à la loupe.

Il apparaît que les prescriptions d’antibiotiques dans cette classe d’âge restent constantes au cours de la période considérée, avec toutefois une réduction de 4 % des prescriptions inappropriées entre 2011 et 2014. Par ailleurs, les auteurs constatent une augmentation des prescriptions de lévofloxacine, aux dépens de celles d’azithromycine, pour les pathologies respiratoires. Des modifications du même ordre sont constatées pour d’autres pathologies. Ce qui suggère que ces changements sont le fait de tendances préférentielles pour telle ou telle classe selon les indications plutôt que de vraies réductions ciblées de certains antibiotiques pour des indications particulières.

Enfin, les prescriptions potentiellement inappropriées sont d’environ 40 %, soit largement supérieures à ce qui était attendu. L’analyse des données et la chronologie des changements suggère, selon les auteurs, que les tendances observées reflètent un souci de réduire les effets indésirables ou suivent des critères commerciaux (prix, disponibilité, etc.) et non pas une volonté d’appliquer les recommandations ou une inquiétude sur les résistances. C’est ainsi que la réduction des prescriptions de macrolides est survenue suite à des mises en garde sur le risque de décès de cause cardio-vasculaire avec l’azithromycine. En suivant cette hypothèse, il n’est pas impossible que les mises en garde sur l’utilisation des quinolones dans les infections respiratoires non compliquées (émises en 2016) seront, elles aussi, suivies d’une diminution de leur prescription. Mais ces réductions de prescriptions d’une classe spécifique ne font que les reporter sur une autre classe et ne se traduisent pas par une réduction globale de la consommation.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Olesen SW et coll. : Trends in outpatient antibiotic use and prescribing practice among US older adults, 2011-15: observational study. BMJ 2018 ; 362 : k3155.

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Vos réactions (2)

  • Le prescripteur en première ligne...

    Le 13 août 2018

    Depuis des années, on cherche à culpabiliser le patient consommateur d'antibiotiques. Mais que je sache : les antibiotiques sont délivrés avec une prescription (comme les anxiolytiques etc). Le premier responsable est donc bien le prescripteur !

    M. Bunel

  • Différence France-EU

    Le 14 août 2018

    Une fois de plus, des "vérités " assenées ne concernanat pas la France mais les USA.
    Comme la panique qui se developpe actuellemnt dans les medias au sujet des morphiniques, on melange tout, ce qui se fait ou s'est fait aux USA et la situation en France.
    Voici clairement comment inquieter la population pour rien (je parle des morphiniques).

    V Raphel, medecin-infirmière

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