Arrêt du tabac après un infarctus, un double bénéfice

Le tabagisme chronique favorise à la fois la survenue des cardiopathies ischémique et des cancers bronchiques. Les patients qui survivent à un infarctus du myocarde (IDM) sont évidemment exposés à ces derniers quand l’intoxication tabagique se poursuit. Il est évident que son arrêt est impératif dans le post-infarctus, ne serait-ce que pour améliorer le pronostic de la cardiopathie ischémique révélée par l’IDM. Ceci étant, cette mesure est-elle suivie d’effet pour ce qui est de la prévention du cancer bronchique dans un tel contexte ? C’est à cette question que répond une étude de cohorte multicentrique prospective dans laquelle ont été inclus en 1992 et 1993, 1 486 patients relativement jeunes (âge moyen, 54 ans; hommes : 81 %), tous victimes d’un IDM inaugural et indemnes de néoplasie bronchique à l’état basal. Le bilan a inclus une évaluation systématique et précise du tabagisme. Les données ont été traitées par la méthode des courbes de survie qui a permis d’évaluer le risque de cancer bronchique en fonction de l’évolution et du tabagisme (pas de tabagisme, tabagisme passé ou actuel), en fait les hazard ratios (HRs) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC).

Pour ceux qui ont arrêté de fumer, le risque de cancer bronchique rejoint celui des non-fumeurs

Au sein de la cohorte ainsi définie, la prévalence du tabagisme chronique a été estimée à 53 % (n = 787, nombre moyen de cigarettes quotidiennnes = 29). Les fumeurs étaient dans l’ensemble plus jeunes et plus souvent des hommes, leur statut socio-économique étant en outre plus souvent défavorable. Au cours d’un suivi d’une durée médiane de 21,4 années, un cancer bronchique est survenu chez 273 participants (18,4 %). Le risque correspondant était majoré d’environ 40 % en cas de tabagisme au moment de l’infarctus. Après l’IDM, le risque de cancer varie considérablement en fonction de l’attitude des patients vis-à-vis du tabagisme. Ainsi, le HR ne reste élevé au cours du suivi qu’en cas de poursuite de l’intoxication tabagique, soit un HR ajusté (HRA) de 1,75 (IC, 1,22, 2,50). En revanche le HR devient comparable à celui des non–fumeurs chez les patients qui ont renoncé au tabac soit après (HR 1,14 ; IC, 0,80-1,62), soit avant (HR 1,02 ; IC, 0,71-1,47) l’IDM inaugural. Chez les participants qui ont continué à fumer, tout en réduisant leur consommation, le bénéfice s’est avéré corrélé à l’effort fourni : ainsi pour 10 cigarettes/j de moins par rapport à la période qui a précédé l’IDM, le HRA est censé diminuer de 10 %.

Ainsi, dans les suites d’un IDM inaugural, l’arrêt du tabagisme chronique est doublement bénéfique. Il améliore le pronostic de la cardiopathie ischémique sous-jacente et réduit le risque de cancer bronchique qui apparaît élevé dans ce contexte. Quand l’intoxication tabagique ne peut être totalement interrompue, sa diminution est tout de même bénéfique, en d’autres termes, c’est « mieux que rien ».

Dr Philippe Tellier

Référence
Lotan K et coll. : Smoking Status and Incidence of Cancer After Myocardial Infarction: A Follow-Up Study of over 20 Years. Am J Med 2017; 130: 1084-1091.

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Vos réactions (1)

  • Ce n'est pas une découverte !

    Le 16 septembre 2017

    On disait la même chose il y a 35 ans comme ce fut mon cas.

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