Asperger, plus d’idées suicidaires

Le syndrome d’Asperger (qui ne fait pas partie du DSM-5) est un trouble du spectre autistique sans retard de langage ni déficit cognitif. Depuis les années 1990, où le syndrome d’Asperger a commencé à être médiatisé, nous gardons l’image de cas d’étude exceptionnels, dotés de capacités cérébrales hors du commun, développées aux dépens d’une intelligence sociale. La prouesse d’un « rain man » comptant les allumettes tombées par terre en un clin d’œil a marqué les esprits.
Mais avant d’être un génie, ces enfants, puis ces adultes, sont avant tout des autistes, individus extrêmement vulnérables, souffrant d’isolement et d’une situation sociale souvent précaire, et bien souvent de dépression. Le risque suicidaire dans ce groupe reste peu étudié.

A Cambridge, au Royaume-Uni, un centre spécialisé (Cambrige Lifespan Asperger Syndrome Service, ou CLASS) a constitué une cohorte de patients adultes atteints de syndrome d’Asperger. Cassidy S et coll. ont fait remplir un questionnaire aux patients recrutés entre le 23 janvier 2004 et le 8 juillet 2013. Sur les 374 patients participant à la cohorte, 367 ont répondu pleinement au questionnaire : 243 (66 %) ont rapporté des idées suicidaires au cours de leur vie, 127 (35 %) ont planifié ou effectué une tentative de suicide, 116 (32 %) ont fait l’objet d’un diagnostic de dépression. Ceux rapportant un diagnostic de dépression au cours de leur vie avaient plus souvent eu des idées suicidaires (Odds ratio 4,3, intervalle de confiance à 95 % : 2,4-7,7). Les patients ayant fait ou planifié une tentative de suicide avaient des traits autistiques plus marqués.
La proportion d’idées suicidaires est bien entendu largement supérieure à celle rapportée en population générale (16,7 %, p < 0,0001), mais elle est également supérieure à ce qui est rapporté par les patients psychotiques (59,3 %, p = 0,019).

Comme le soulignent les auteurs, pour les sujets de l’étude le diagnostic d’Asperger a été porté à l’âge adulte, à un âge moyen de 31,5 ans, et ils ont donc souffert d’un retard de diagnostic bien plus important que ceux pour lesquels le diagnostic a été posé dans l’enfance. Ces résultats pourraient donc ne pas être représentatifs de l’ensemble des malades souffrant de ce syndrome. Par ailleurs, rappelons que les données comparatives de la population générale et des autres groupes sont fournies à titre indicatif, car rien ne permet de supposer que les groupes soient comparables, ne serait-ce qu’en terme d’âge ! Enfin, aucune information n’est disponible sur le taux réel de suicide dans cette population.
Cependant cette étude nous rappelle qu’il faut rechercher le syndrome d’Asperger, y compris chez l’adulte, et le considérer comme un facteur majeur de fragilité sociale et psychologique. Le risque suicidaire doit être systématiquement évalué et prévenu chez ces patients.

Dr Alexandre Haroche

Référence
Cassidy S, Bradley P, Robinson J et coll. : Suicidal ideation and suicide plans or attempts in adults with Asperger’s syndrome attending a specialist diagnostic clinic: a clinical cohort study. Lancet Psychiatry, 2014 ; 1: 142-147. doi:10.1016/S2215-0366(14)70248-2

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