Aspirine en prévention primaire : pas systématique !

La publication récente du suivi à 10 ans de l’étude japonaise JPAD 2 (Japanese Primary Prevention of Atherosclerosis With Aspirin for Diabetes) et celle de 3 autres grands  essais randomisés à savoir, ARRIVE (Aspirin to Reduce Risk of Initial Vascular Events), ASCEND (A Study of Cardiovascular Events in Diabetes) et ASPREE (Aspirin in Reducing Events in the Elderly) ont montré qu’en prévention primaire, la prise d’aspirine était associée à une réduction de l’incidence des cancers et de la mortalité mais au prix d’une augmentation du risque hémorragique.

Abdelaziz et coll. ont revu les 15 essais contrôlés randomisés qui avaient inclus 165 502 patients et comparé le devenir clinique des sujets mis sous aspirine en prévention primaire (n = 83 529) vs placebo (n = 81 973) avec un suivi ≥ un an ; ils y ont ajouté les données individuelles de plus de 45 000 sujets.

Le critère pronostique d’efficacité regroupe décès de toute cause, décès de cause cardiovasculaire (CV), infarctus du myocarde (IDM), accident vasculaire cérébral (AVC), accident ischémique transitoire (AIT) et accidents CV majeurs. Le critère composite pronostique de sécurité comporte saignements majeurs, saignements intracrâniens, saignements mortels, saignements gastro-intestinaux majeurs.

Moins d’événements ischémiques non fatals mais plus de saignements

En prévention primaire, comparée au placebo, la prise d’aspirine est apparue associée à un taux semblable de : décès de toute cause (rapport de risque  [RR] 0,97 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,93 à 1,01), de décès CV (RR 0,93 ; IC 95 % : 0,86 à 1,00) et de décès non-CV (RR 0,98; IC 95 % : 0,92 à 1,05). Cependant, la prise d’aspirine a été associée à un risque plus faible d’IDM non fatal (RR 0,82 ; IC 95 % : 0,72 à 0,94), d’AIT (RR 0,79 ; IC 95 % : 0,71 à 0,89) et d’AVC ischémique (RR 0,87 ; IC 95 % : 0,79 à 0,95).

Par rapport à celle du placebo, la prise d’aspirine s’est montrée associée à un risque plus élevé de saignements majeurs (RR 1,5 ; IC 95 % : 1,33 à 1,69), de saignements intracrâniens (RR 1,32 ; IC 95 % : 1,12 à 1,55) et de saignements gastro-intestinaux majeurs (RR 1,52 ; IC 95 % : 1,34 à 1,73) mais à des taux semblables de saignements mortels (RR 1,09 ; IC 95 % : 0,78 à 1,55).

Le nombre de cancers et le taux de décès par cancer ont été semblables dans les 2 groupes de traitement.

Ainsi, administrée en prévention primaire, l’aspirine réduit l’incidence des événements ischémiques non fatals mais augmente significativement celle des saignements non fatals. En pratique, la prescription d’aspirine en prévention primaire ne doit pas être systématique ; elle devrait être personnalisée, en pesant dans chaque cas le rapport bénéfice/risque, et ne devrait pas dépasser 100 mg/jour.

Dr Robert Haïat

Référence
Abdelaziz HK et coll. : Aspirin for Primary Prevention of Cardiovascular Events. J Am Coll Cardiol., 2019;73: 2915–29.

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Vos réactions (3)

  • Saignements sous aspirine

    Le 20 août 2019

    L'étude ne précise pas sous quelle forme l'aspirine est administrée. Je pense que l'aspirine en comprimés gastro-résistants administrés au milieu d'un repas présente un risque minime de saignement. Dans ma carrière, je n'ai jamais eu de patients ayant présenté un hémorragie en prenant de l'aspirine en comprimés gastro-résistants.

    Dr Guy Roche, ancien interniste

  • Contradiction

    Le 26 août 2019

    L'article dit deux choses contradictoires: réduction de l'incidence des cancers dans le premier paragraphe, et pas de différence dans l'avant-dernier.

    Franck Ramus

  • Choix ?

    Le 26 août 2019

    Si je comprends bien il faut choisir entre la peste et le choléra.

    Dr Hervé Isnard

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