Autisme et ISRS, une lecture critique

Réalisée en collaboration par des chercheurs du Danemark et d’Iran, et consacrée aux risques d’autisme infantile liés à une exposition in utero à des inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ISRS) prescrits chez la femme enceinte, une méta-analyse indique une « association significative entre l’exposition prénatale aux ISRS et le risque d’autisme infantile » (Odds ratio OR = 1,82 ; intervalle de confiance à 95 % IC95 [1,59–2,10].

Réagissant à cette étude publiée dans European Psychiatry, des lecteurs de l’Université de Changsha (province du Hunan, en Chine) adressent à l’éditeur une lettre montrant à la fois l’intérêt des confrères chinois pour la littérature médicale internationale et l’acuité de leur perception épidémiologique. Sans contester la portée générale de cette étude (suggérant que le risque d’autisme est ainsi presque doublé), les lecteurs de Chine avancent trois arguments incitant à relativiser cette conclusion et à proposer d’autres recherches pour « mieux comprendre cette association. »

Des biais méthodologiques

Premièrement, ils notent l’existence d’un « biais » dans la méthodologie de cette étude irano-danoise, lié à un « défaut d’ajustement » avec une « source commune de données » (un registre danois) pour trois des études retenues dans la méta-analyse et un risque de « chevauchement des périodes d’étude et des échantillons de population ». Second point : ils réfutent l’utilisation de « données brutes » plutôt que de données ajustées. En particulier, les résultats exploitant des données brutes pourraient être pollués par des facteurs confondants comme « une pathologie mentale chez la mère et d’autres prescriptions médicamenteuses » (que les ISRS). Par conséquent, ces résultats devraient être interprétés « avec prudence », car ils pourraient s’apparenter en partie à des « faux positifs. »

Une incitation à de nouvelles études

Enfin, les lecteurs de Chine soulignent l’intérêt de réaliser de nouvelles études, plus précises : en effet, cette méta-analyse montre des différences importantes pour les niveaux du risque d’autisme infantile selon l’époque d’exposition in utero aux ISRS, ce qui peut se comprendre en fonction du stade neurodéveloppemental du fœtus. Par exemple, ce risque est très important durant le premier trimestre (OR = 3,5 ; IC95 [1,5–7,9]), mais « moins significatif » durant le troisième trimestre (OR = 2,2 IC95 [0,7–6,9]), et surtout le second trimestre (OR = 1,5 ; IC95 [0,5–5,0]. Si le principe de précaution impose bien sûr la prudence en matière de prescription d’ISRS chez la femme enceinte, la réalité semble ainsi plus contrastée : période d’administration, facteurs confondants, biais d’échantillonnage... Mais quoi qu’il en soit, l’intervention de ces confrères de Chine rappelle opportunément la nécessité de garder un esprit critique et une vision objective, dans l’interprétation de toute étude épidémiologique...

Dr Alain Cohen

Références
Andalib S et coll.: Maternal SSRI exposure increases the risk of autistic offspring: A meta-analysis and systematic review. European Psychiatry, 2017 ; 45 : 161–166.
Li J & Chen J: Comment on "Maternal SSRI exposure increases the risk of autistic offspring: A meta-analysis and systematic review". European Psychiatry 2017; 45: 220.

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Vos réactions (2)

  • La dépression en elle-même ne peut-elle pas être en cause ?

    Le 13 février 2018

    Bravo aux chinois qui ont scruté cette étude et qui ont en mémoire leurs propres cas de tricheries ou approximations scientifiques, puisque si mes souvenirs sont bons ils ont débusqué récemment pratiquement 500 publications scientifiques locales si je puis dire en particulier épidémiologiques dont les résultats ont été ‘’optimisés‘’ par leurs auteurs.

    Je viens de lire récemment que ce n’était pas spécifique aux chinois et qu’il existe un problème prégnant international concernant les multiples études épidémiologiques dont nous sommes abreuvés chaque mois ou semaine, le JIM , en rapportant un bon nombre que je lis avec intérêt, mais je dois dire que ces études sont en général rapportées sans analyse critique, or il paraît impératif qu’un comité de lecture indépendant et vigilant contrôle rigoureusement les études épidémiologiques avant publications, particulièrement celles dont les résultats peuvent se révélés surprenants ou inattendus. On ne peut plus accepter de tout croire sans réfléchir, et les bons facteurs d’impact ou/et la notoriété des auteurs ne sont plus un gage de rigueur scientifique.

    Pour revenir à cette étude, une grossesse sous ISRS témoigne d’un problème psychiatrique chez la mère, dépression ? Mélancolie ? Que sais-je? Peut-être faudrait-il tenir compte de cette pathologie qui pourrait per se favoriser le risque de survenue d’un Trouble du Spectre Autistique ( TSA) pathologie disons presque ‘’parallèle‘’ ou en tout cas proche, le problème se pose avec le Valproate, une mère épileptique, un traitement
    anti-épileptique et un risque de TSA , dû au traitement ou peut-être à l’épilepsie maternelle ? Ou les deux ? On sait en effet qu’il existe lors de grossesses de femmes épileptiques non traitées, donc sans médicaments antiépileptiques durant la grossesse, un risque légèrement majoré de malformations fœtales, je ne suis pas compétent pour préciser l’OR ou l’IC, ce qui revient à considérer que l’épilepsie par elle-même peut être tératogène et pourquoi pas dans le cas qui nous occupe la dépression ou une pathologie psychiatrique proche ?

    Dr Hervé Isnard

  • Implication de la dépression ou de tout autre facteur confondant

    Le 14 février 2018

    Je vous remercie de votre réaction, Dr Isnard. En effet, toute pathologie maternelle (notamment neurologique ou psychiatrique) pourrait être impliquée per se comme un facteur de risque de TSA. C'est bien le sens de ma phrase "les résultats exploitant des données brutes pourraient être pollués par des facteurs confondants comme « une pathologie mentale chez la mère et d’autres prescriptions médicamenteuses » (que les ISRS).

    Dr Alain Cohen

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