Beaucoup d’autres douleurs avec les troubles fonctionnels abdominaux

Les douleurs fonctionnelles abdominales (DFA) affectent 20 % des enfants d’âge scolaire et constituent un handicap social et émotionnel. En l’absence de critères biologiques, le diagnostic repose sur un ensemble de symptômes cliniques groupés sous le terme de critères de Rome. On peut penser que les douleurs à localisations multiples associées, multi-sites, entraînent encore plus de problèmes psycho-sociaux et retentissent davantage sur la qualité de vie. Cependant, ce sujet n’a guère fait l’objet de beaucoup d’investigations.

Des chercheurs de Houston ont fait une analyse secondaire d’une étude prospective antérieure de gastro-entérologie pédiatrique portant sur le syndrome de l’intestin irritable (SII) et les douleurs abdominales fonctionnelles. Les données ont été recueillies en 2009-2018. Les participants âgés de 7 à 17 ans (n = 406), recrutés en soins primaires et tertiaires, devaient remplir un journal qui enregistrait sur 14 jours les douleurs et les selles. La sévérité des douleurs était cotée 3 fois par jour sur une échelle de 0 à 10. L’existence d’au moins une douleur extra-abdominale définissait les douleurs multi-sites. Un inventaire spécifique a été utilisé pour les évaluer ; elles comprenaient les céphalées, les douleurs thoraciques, dorsales et musculaires, les douleurs articulaires, des membres et urinaires. Leur fréquence était cotée de 0 à 4 sur les 2 dernières semaines. Les questionnaires s’intéressaient également aux troubles psychologiques : anxiété, dépression, impotence fonctionnelle et qualité de vie liée à la santé (HRQOL).

Des douleurs extra-abdominales dans près de trois quarts des cas

Au total 406 enfants d’âge médian 10 ans (filles 64 %), ont fait l’objet de l’enquête, 284 (70 %) souffraient de SII et 122 (30 %) de douleurs abdominales fonctionnelles ; parmi les SII, 126 (44,4 %) s’accompagnaient de constipation, 21 de diarrhée et 10 des deux types de troubles. Sur ces 406 patients, 295 (73 %) présentaient une douleur supplémentaire non abdominale : céphalées 172 (42 %), douleurs thoraciques 143 (35 %), musculaires 134 (33 %), dorsales 110 (27 %), articulaires 94 (23 %), des membres 87 (21 %). De surcroît, 200 enfants (49 %) souffraient d’au moins deux types de douleurs extra-abdominales. En comparaison des enfants indemnes de douleurs extra-abdominales, ceux qui s’en plaignaient avaient une fréquence de douleurs abdominales plus élevée : 12/semaine [6-20] vs 7/semaine [3-14] (P < 0,001) ; l’intensité de ces douleurs était plus marquée (score 3,2 vs 2,8, P = 0,03). Les scores d’anxiété et de dépression étaient plus élevés (P < 0,001) ainsi que ceux d’impotence fonctionnelle (P < 0,001) et de qualité de vie liée à la santé (P < 0,001). L’augmentation du nombre de sites douloureux était aussi associée à une augmentation de l’impotence fonctionnelle après contrôle des facteurs démographiques et autres.

Ainsi, les enfants souffrant de troubles fonctionnels abdominaux ont fréquemment d’autres douleurs à localisations multiples. Elles sont associées à une augmentation des problèmes psycho-sociaux, de la fréquence des douleurs abdominales, des handicaps fonctionnels et à une diminution de qualité de la vie.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Chumpitazi BP et coll. : Multisite pain is highly prevalent in children with functional abdominal disorders and is associated with increased morbidity. J Pediatr 2021;236:131-136

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Vos réactions (2)

  • Les troubles fonctionnels et dépression

    Le 21 septembre 2021

    Digestifs ou non, chez l'enfant comme chez l'adulte, les troubles fonctionnels sont très majoritairement d'origine dépressive.
    Il n'est donc nullement étonnant que les douleurs soient multifocales.
    Quand on recherche également fatigue, troubles du sommeils ou des différents appareils, on constate la fréquence des associations (les prétendues "co-morbidités") et, si l'on efface le dogme de la nature "morale" de la maladie dépressive, on comprend que si les musiciens jouent mal la musique, c'est que le chef d'orchestre les commande mal !
    Il n'y a plus qu'à guérir le patient en utilisant une méthode efficace !

    Voir :
    Bernard Maroy La dépression et son traitement: aspects méconnus L'Harmattan 2019.

    Dr B Maroy

  • Syndrome du "talkie-walkie"

    Le 22 septembre 2021

    Surtout chez les enfants en très bas âge ou bas âge, les douleurs abdominales non organiques (ainsi que les troubles du sommeil ou les altérations du comportement scolaire) peuvent n'être parfois que simplement réactifs à un trouble parental apparent ou occulte mais pourtant bien inconsciemment ressenti et perçu par l'enfant. En son temps et sur une reprise de dossiers de cette tranche d'âge, j'avais proposé ( avec peu de succès) l'appellation évocatrice de "syndrome du talkie walkie". Deux façons de le vérifier:
    1°) les troubles disparaissent aussitôt si l'enfant se retrouve placés comme test avec d'autres parents ou nounous en rien stressés (grands parents)
    2°) ils disparaissent de même et surtout aussitôt et spectaculairement (sommeil retrouvé, assagissement scolaire...)si les parents, généralement sceptiques pour l'admettre, acceptent pourtant un test bref sur 2 ou 3 jours par la prise (par les seuls parents et non par l'enfant ) d'une faible dose anxiolytique.

    Dans certains de ces 252 cas que j'avais colligés, ces troubles fonctionnels de l'enfant avaient précédé de quelques mois une dépression ou un burn out parental. Il faut donc savoir s'enquérir de l'équilibre ou des tensions parentales face à ces symptômes.

    Dr Jean Abécassis (Toulouse)

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