Biais de sponsoring dans certains essais thérapeutiques ?

Ce n’est un secret pour personne que l’industrie pharmaceutique contribue pour une large part au financement de nombreux essais cliniques. Elle peut donc être considérée comme « marraine », « mécène » ou « sponsor » de la recherche thérapeutique mais, bien entendu, sans jamais perdre de vue un objectif escompté de retour sur investissements, certains dénonçant parfois une sorte de « néo-évergétisme[1] » risquant de compromettre l’objectivité de la recherche appliquée. Rassemblant des chercheurs de Roumanie, d’Italie et des Pays-Bas, et portant sur 45 études publiées entre 1966 et 2015, une méta-analyse examine l’éventualité d’un « biais de parrainage » lié à la participation des laboratoires pharmaceutiques dans le financement de travaux visant à comparer l’efficacité respective de médicaments ou d’interventions non pharmacologiques (en l’occurrence des psychothérapies) pour traiter une dépression chez l’adulte. En d’autres termes, les auteurs se sont interrogés sur la possibilité que les résultats de telles études comparatives (antidépresseurs versus psychothérapies) puissent se trouver « pollués » par quelque conflit d’intérêt latent. Ce biais de sponsoring viendrait ainsi se superposer à un autre biais connu, celui de « publication » (tendant à privilégier la diffusion d’études à l’appui de méthodes efficaces, et à laisser dans l’ombre des recherches montrant que d’autres approches sont inopérantes).

Et comme on peut le concevoir a priori, quel sponsor irait, de gaîté de cœur, financer des travaux concluant à relativiser, voire à contester, l’intérêt de son propre produit ? Il n’y a donc aucune surprise à constater que « dans la plupart des études analysées, la pharmacothérapie a systématiquement une efficacité supérieure à la psychothérapie. »

Et comme les différences entre les essais parrainés par des laboratoires pharmaceutiques et les essais non sponsorisés se révèlent « significatives », les auteurs estiment donc que les essais (contre la dépression) sponsorisés par l’industrie pharmaceutique « semblent favoriser de façon subtile la place prépondérante de la pharmacothérapie », par comparaison avec la psychothérapie. En conséquence, par souci de transparence, ils préconisent d’« encourager la divulgation de tout lien financier avec un sponsor. »

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89verg%C3%A9tisme

Dr Alain Cohen

Référence
A.Ioana & coll.: Sponsorship bias in the comparative efficacy of psychotherapy and pharmacotherapy for adult depression: meta-analysis. B J Psychiatry, 2017; 210: 16–23.

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