Bifidobacterium longum 35624, une arme contre le syndrome de l’intestin irritable

Entre 4 % et 10 % de la population souffriraient du syndrome de l’intestin irritable (SII). La sévérité des symptômes a un retentissement sur la qualité de vie dans 25 % des cas et le traitement de ce trouble fonctionnel est souvent multifactoriel.

Bifidobacterium longum 35624 a montré une capacité supérieure à améliorer les symptômes du SII par rapport au placebo dans des études randomisées en double aveugle. Ces études sur les probiotiques ont été critiquées en raison des critères utilisés pour mesurer l'efficacité : ainsi doivent-elles démontrer la possibilité qu’a un probiotique de réduire la gravité de la maladie (comme c'est le cas pour les études de transplantation du microbiote fécal) et ainsi à améliorer la qualité de vie des malades.

Cependant, peu d'études ont utilisé les critères de Rome IV, qui parlent de douleur abdominale chronique et non de ballonnements (comme dans le Rome III) pour diagnostiquer le SII.

Efficace à court terme sur les symptômes digestifs et la qualité de vie

Cette étude observationnelle, multicentrique, prospective, a été menée en ouvert par des gastroentérologues français. Les patients, non opérés, étaient invités à ne pas changer leur alimentation durant l’étude ; ils ne devaient pas avoir été sous probiotiques dans les deux semaines qui précédaient l’inclusion, ni avoir pris récemment un traitement antibiotique.

Pendant 1 mois, ils ont reçu quotidiennement une gélule de B. longum 35624 (à raison de 109 unités formants colonie). Un total de 233 patients (71,2 % de femmes, âge moyen 51,4 ans) souffrant de SII d’après les critères de Rome IV a été inclus dans cette étude de novembre 2018 à janvier 2020. L’IMC était normal pour la moitié d’entre eux (51,2 %) mais 33,5 % étaient en surpoids et 9,4 % obèses.

Les facteurs favorisants étaient représentés par un épisode infectieux (4 %), un stress (35 %), un abus sexuel (8 individus) tandis que 55 % des malades ne présentaient aucun évènement inaugural. Le score moyen de sévérité du SII (SII-SSS) était élevé à l’inclusion (score moyen SII 303 sur un maximum de 500). Parmi ces patients, 48,1 % avaient un SII modéré et 46,4 % avaient un SII sévère. La mesure de la qualité de vie (Qol) moyenne en lien avec le SII (QoL-SII) soulignait l’impact des symptômes (score moyen : 60,2 sur un maximum de 100).

Après 30 jours de traitement par une capsule de B. longum 35624, une diminution significative de la sévérité du SII a été observée par rapport à l’inclusion : le score de sévérité s’est amélioré de 303 à 208, p < 0,001). Plus de la moitié des sujets (57 %) ont perçu une diminution globale de leurs symptômes. Une amélioration significative de la sévérité des symptômes (> 50 points d’IBS-SSS) a été observée chez 65,7 % des individus et ce quel que soit le sous type de SII.

La qualité de vie de l’ensemble des patients était significativement améliorée à 30 jours (score du questionnaire IBS Qol-SII : 68,8 versus 60,2, p < 0,001) et 63,8 % étaient satisfaits de ce traitement. Des effets indésirables digestifs ont été rapportés par 4,1 % des individus sous traitement.

Confirmation des résultats de deux études randomisées

Cette étude confirme les résultats de deux études randomisées précédentes ayant testé la même souche probiotique sur 442 patients. L'effet sur les symptômes digestifs et la gravité de la maladie pourrait être secondaire à une action sur les cytokines pro-inflammatoires mais les modifications du microbiote n’ont pas été analysées.

L'amélioration du score global IBS-SSS a été observée dans toutes ses dimensions (intensité et fréquence de la douleur abdominale, distension et son importance ; satisfaction vis-à-vis des habitudes intestinales) et quel que soit le sous-type d'IBS (IBS-C, IBS-D, ou IBS-M), comme dans l'étude de Whorwell et Coll. La qualité de vie globale mesurée par l'IBS-QoL, un questionnaire validé, a été significativement améliorée, ainsi que tous ses domaines individuels.

Des niveaux comparables d'amélioration des scores IBS-QoL (< 10 points par rapport au placebo) ont été observés à 3 mois dans les essais de médicaments tels que l'eluxadoline ou le linaclotide, actuellement non commercialisés en France. Cependant, dans cette étude en vie réelle, une amélioration « cliniquement significative » soit > 10 points) de la QoL n'a été constatée que chez environ un tiers des patients notamment les plus sévères (c'est-à-dire deux fois moins que le nombre de patients ayant eu une réduction significative du score de gravité).

Néanmoins O'Mahony et Coll. ont noté une amélioration significative de la qualité de vie par rapport au groupe placebo dans une étude de 8 semaines utilisant la même souche probiotique que dans cette étude. Cependant, aucune publication multicentrique randomisée  n’est disponible dans la littérature sur le moyen et long terme afin d’assoir la pérennité clinique et le changement durable de la flore intestinale des colopathes.

En conclusion, cette étude ouverte française montre que, chez des patients souffrant de syndrome de l’intestin irritable, un traitement par Bifidobacterium longum 35624 durant 30 jours offre un soulagement significatif des symptômes, notamment les plus sévères chez environ deux tiers des patients dont la qualité de vie s’est améliorée. Elle confirme les résultats de 4 travaux randomisés antérieurs sur les sous-groupes classiques du SII,  mais ne préjuge pas de l’efficacité du probiotique sur une plus longue période.

Dr Sylvain Beorchia

Référence
Sabaté JM, Iglicki F : Effect of Bifidobacterium longum 35624 on disease severity and quality of life in patients with irritable bowel syndrome. World J Gastroenterol., 2022;28(7):732-744. doi: 10.3748/wjg.v28.i7.732.

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Vos réactions (1)

  • Restons raisonnables

    Le 18 mai 2022

    Je veux bien que le Jim ne soit pas la revue Science, mais ne présentons pas ce genre de publication comme témoignant d'un progrès médical.
    D'abord le SII, comme son nom l'indique, n'est qu'un syndrome - et un syndrome très protéiforme. Tout traitement n'est donc qu'à visée symptomatique ; aucun ne peut prétendre être curatif, ni même reposer sur une physiopathologie commune à toutes les étiologies - inconnues.
    Ensuite la présentation clinique du SII est très fluctuante, de sorte que les patients consultent à l'acmé de leur inconfort ; les traitements ne sont donc jamais instaurés lors de périodes plus calmes.

    Il s'ensuit que l'évolution sous traitement est toujours une régression à la moyenne : après la pluie, le beau temps. On oublie qu'après le beau temps... viendra la pluie ; autrement dit, l'administration d'un traitement symptomatique durant une période de rémission conduirait symétriquement à observer une aggravation, sans aucun lien avec lui.

    Ce phénomène de régression à la moyenne est mis à profit, depuis toujours, par les producteurs de médications pour "démontrer" (fallacieusement) leur efficacité sur des symptômes fonctionnels (d'arthrose, de troubles urinaires... etc.).
    Bien entendu, ces démonstrations sont des "études ouvertes", qui n'ont d'essai thérapeutique que le nom, et qui sont en réalité des observations de patients en conditions particulières.
    Bien entendu, il ne faut pas négliger l'apport en médecine de ces médications qui accompagnent très utilement la prise en charge des patients en renforçant un effet Hawthorne, en rendant possible un effet placebo, en apportant un réconfort et en favorisant le suivi médical.

    Dans le cas présent, il ne faut pas négliger non plus l'utilité d'une "hygiène du microbiote intestinal" qui repose sur diverses prescriptions non médicamenteuses, et où l'apport d'un probiotique pourrait jouer un rôle (encore non défini).
    Néanmoins, les observations telles que rapportées dans ce type de publication n'ont d'autre intérêt que de vérifier l'acceptabilité, l'innocuité et la satisfaction exprimée vis-à-vis de la prise en charge. Elle n'ont bien entendu aucune valeur probante.

    Le plus intéressant serait d'évaluer le gain médico-économique global des pratiques de ce type, et de stratifier la population étudiée selon quelques critères permettant d'identifier des classes de réponse spécifique.

    Dr Pierre Rimbaud

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