Brosse à dents manuelle ou électrique, un débat incisif !

Avec le vieillissement croissant de la population dans de nombreux pays développés, on s’attend à voir augmenter le nombre de patients âgés en bonne santé qui conservent leurs dents naturelles. Malheureusement, le vieillissement des tissus de soutien des dents (parodonte) entraîne un déchaussement de ces dernières et l’exposition des racines.  Malgré une bonne hygiène bucco-dentaire, la dentine radiculaire (tissu minéral qui recouvre les racines dentaires) se trouve exposée en cas de récession physiologique et peut être sujette à des lésions cervicales d’usure non carieuses, mais qui fragilisent les dents.  

Les forces d’usures impliquées dans les lésions non carieuses sont :

- L’attrition : usure mécanique physiologique due aux contacts dento-dentaires ;

 - L’érosion : usure d’origine non bactérienne, mais conséquence d’un processus chimique de dissolution de l’émail par son exposition aux acides (sodas, alcool, vomissements, reflux gastro-œsophagiens) ;

- L’abrasion : usure dentaire par friction causée par des contacts dynamiques impliquant des corps abrasifs (brossage agressif, dentifrice).

Ces lésions non carieuses se situent en général dans le tiers cervical des dents (collet dentaire) du fait de la moindre dureté des tissus radiculaires exposés à cause des récessions gingivales.  La force de brossage est déterminante dans le développement des lésions cervicales d’usures et le développement des abrasions dentaires.  Même si les brosses à dents électriques permettent un meilleur contrôle de la plaque dentaire et une réduction des maladies gingivales à court et long terme, elles pourraient aggraver la perte de substance dentinaire, par un brossage plus abrasif.  Quelle est donc le type de brosse à dents (BaD) le plus abrasif pour nos dents ? 

L’équivalent de 8,5 années de brossage !

 Une étude in vitro compare 4 types de brosses à dents : 2 électriques et 2 manuelles.  La même force de brossage (2N) a été appliquée sur les 72 dents testées. Un seul dentifrice à forte abrasivité (150 RDA « Relative Dentine Abrasiveness index ») a été utilisé pour l’étude. Le mouvement de brossage sur les dents était horizontal, sur 3 cm. Une partie des dents testées a été protégée contre l’abrasion de la brosse à dents, tandis que l’autre partie exposée a reçu un total de brossages équivalent à 8,5 années. Pour réaliser cela, les chercheurs se sont basés sur le calcul suivant : 2 brossages par jour, 120 secondes par brossage. Chaque dent est supposée être en contact avec la BaD pendant au moins 5 secondes par jour, ce qui équivaut à 260 minutes pour une durée de 8,5 ans, pour une dent. 

L’abrasivité des brosses à dents à long terme, dépend du mode de brossage et de l’organisation des poils de la brosse à dent. A la fin de l’étude, la différence de perte de substance dentinaire entre la partie protégée et la partie exposée a été évaluée à l’aide d’une loupe optique et par des images en 3D.  Voici les résultats, par ordre de la plus grande perte de substance dentinaire à la plus faible : 


En utilisant la même force de brossage et un seul dentifrice hautement abrasif, les BaD manuelles sont significativement moins abrasives pour la dentine, par rapport aux BaD électriques, à long terme (8,5 ans).  L’arrangement des poils de la brosse à dents détermine aussi son abrasivité. En effet, pour les BaD manuelles, une tête plate est plus abrasive car davantage de poils sont en contact avec la dentine, par rapport à une tête ondulée (différentes tailles de poils).  La BaD électrique à mouvement rotation-oscillation provoque moins de perte de substance dentinaire car la taille de la tête (dôme ou cupule) est beaucoup plus petite que celle de la BaD sonique. De plus, le mouvement de vibration de cette dernière fait qu’une grande partie des poils est en contact avec la dentine. 

 Malgré cela, la brosse à dents électrique a démontré son utilité dans la prise en charge des gingivites et des parodontites, car elle permet de lutter efficacement contre la plaque dentaire. Par conséquent, avant d’acheter une brosse à dent électrique, mieux vaut demander conseils à son chirurgien-dentiste, qui, en fonction de l’état clinique des gencives et des dents, conseillera à son patient le type de brosse à dents le plus adapté à ses besoins. 


Dr Béatrice Ruiz

Référence
Bizhang M et coll. : Toothbrush abrasivity in a long-term simulation on human dentin depends on brushing mode and bristle arrangement. PLOS ONE : 2017 ; publication le 21 Février. DOI: 10.1371/journal.pone.0172060.

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Vos réactions (4)

  • La brosse à dents...et accessoirement les "recherches"

    Le 29 avril 2017

    La brosse à dents n'est pas efficace sur le cul de sac gingivo-dentaire, c'est mécaniquement évident...Le jet dentaire surtout, les "cure-dents" en tout genre sont plus efficients. De quelle "recherche" parle-t-on? Le déchaussement dentaire est connu, complexe, et étudier le brossage des dents n'a aucun sens. Encore une "recherche" qui est totalement absurde...mais qui aboutit dans une revue cotée. C'est la science d'aujourd'hui...absurde.

    Dr Astrid Wilk

  • Introduire les brossettes interdentaires

    Le 30 avril 2017

    Merci au Dr Ruiz pour cet éclairage. Comme la lettre est lu par une majorité de médecin je vais me permettre un commentaire. Les français ont été étiqueté comme mauvais dans l'hygiène buccodentaire : étude Facebook mars 2017 Pierre Fabre. En effet la moyenne du brossage dentaire reste à un brossage une fois par jour, d'une durée moyenne de 43s(22-60s), aucun brossage interdentaire qui représente 50% de la plaque et un changement de brosse 1,5 fois par an alors que la bonne santé dentaire prône un brossage bi-quotidien, avec une BAD souple changé tous les 3 mois, une durée autour de 2 mn avec l'objectif de passer partout...Bref on est loin du compte : actuellement 76% de mes patients restent en brosse manuelle contre 15% en électrique et 9% les deux. Les études comparatives entre BAD manuel et électrique sont controversés. Un patient non instruit en BAD électrique va être meilleur car il augmente son temps de brossage pour atteindre les 2mn dans 65% des cas contre 15% en manuel. Mais un patient bien instruit sera aussi efficace en manuel.

    Le défi du 21ème siècle sera d'introduire une brossette interdentaire(BID) qui passe chez 93% des embrasures...un patient qui ne passerait pas de BID c'est comme quelqu'un qui ne se laverait qu'une seule main.
    Quand aux dentifrices ils sont bourrés de perturbateurs endocriniens, de conservateur, de microfilms plastiques et souvent trop abrasif.

    Mieux vaut utiliser des dentifrices naturels non abrasif. ça existe. Le microbiote buccal est très important et son élimination régulière impacte la bonne santé pour éviter 1°) une bactériémie locale 2°) une métastase inflammatoire 3°) une réaction immunitaire trop importante. Vous n'imaginez pas la charge bactérienne chez la majorité de nos patients déficients en terme de brossage de dent...

    Dr François Furic

  • Efficacité du brossage (réponse au Dr Astrid Wilk)

    Le 01 mai 2017

    Je m'étonne de votre commentaire et je vous invite à surfer sur Parosphère site internet parfaitement crédible. Je comprends que certaines recherches soient moins utile mais concernant le brossage de dent, j'argumenterai en 4 points :

    1°)alors que la majorité des patients sont déficients en terme de brossage des dents, d'autre sont des "hyperbrosseurs" à tel point que 7 patients sur 10 présentent des hypersensibilités sur le collet des dents et l'érosion (association de l'action mécanique de la brosse à dent et de l'action chimique du brossage en milieu acide) est souvent très présente. La recherche sur l'érosion cervicale est nécessaire pour bien choisir vos outils de brossage de dents BAD manuelle ou BAD oscille-rotation ou BAD sonique. C'est une vraie question.

    2°) Votre commentaire laisse apparaitre un doute sur le rôle du brossage: Les parodontistes suédois ont démontré l'efficacité du brossage de dent et plus particulièrement sur le sillon gingivo-dentaire (c'est la gingivite expérimentale d'Harnold Löe en 1965) suivi de 20 ans de publications internationales de l'équipe de Göteborg (J Lindhe) sur modèle animal (le chien beagle) et sur l'homme pour montrer l'impact du brossage sur les maladies parodontales (Gingivite et Parodontite).Quand on parle du sillon gingival, le brossage à un impact sur la composition du biofilm de 0 à 2 mm de profondeur.

    Enfin Anita Baderstein et son frère Jan Egelberg ont réussi à montrer que la colonisation bactérienne sous-gingivale venait de la zone supra gingivale d'ou l'importance du brossage ....

    3°)Les hydropluseurs sont inefficaces sur les couches de biofilms les plus matures.

    4°) Par contre les brossettes inter-dentaires sont efficaces (Florence Carrouel et coll , frontiers in microbiology, 2 june 2016,
    Quantitative Molecular Detection of 19 Major Pathogens in the Interdental Biofilm of Periodontally Healthy Young Adults)

    Je vous invite à lire l'article suivant : F DUFFAU, stratégies bactériennes au niveau du sillon gingivaux dentaire, J PIO, vol 34, fev 2015.

    Bonne lecture à vous et bon brossage de dents.

    Dr Francois Furic

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