Cardiomyopathie hypertrophique et pratique sportive : est-ce bien raisonnable ?

La principale cause de mort subite liée au sport est une pathologie d’origine cardiovasculaire. Chez les pratiquants dont l’âge est inférieur à 35 ans, il s’agit souvent d’une cardiomyopathie hypertrophique (CMH). Selon l’Académie nationale de médecine, dans un rapport de 2010, il y aurait moins de 150 jeunes athlètes concernés, à l’entraînement ou en compétition.

Dès 2005, la Société Européenne de Cardiologie (SEC) et l’American Heart Association avaient proposé de contre-indiquer toute forme de compétition aux porteurs de ces pathologies à haut risque. Dix ans plus tard, avec l’appui d’autres sociétés de cardiologie, elles nuançaient leur position en autorisant la pratique à certains d’entre eux. Les principaux critères de risque étant un antécédent d’arrêt cardiaque, une histoire familiale de mort subite, une syncope inexpliquée, une hypertrophie majeure du ventricule gauche (épaisseur de la paroi > 30 mm), etc.

Différents scores ont été élaborés afin de prendre en compte l’aspect multidimensionnel de cette question, mais ils ne couvrent pas toutes les situations. Par exemple, l’utilisation du score de mort subite par CMH de l’ESC n’est pas recommandée chez les moins de 16 ans.

Un risque à calculer

Une équipe anglo-saxonne a interrogé la littérature pour tenter d’affiner les prises de décisions.

Elle observe tout d’abord que l’exercice d’intensité modéré diminue la mortalité chez les patients atteints de CMH, mais pas l’exercice dont l’intensité est élevée. De plus, ce résultat n’est valable que chez les personnes âgées, et pas du tout chez les jeunes athlètes.

Ensuite, en dépit d’études dont la puissance est encore limitée, l’équipe avance que la détection précoce d’une CMH suivie d’une contre-indication à la compétition réduirait le risque de mortalité.

Les sujets à risque faible auraient plus de 30 ans, seraient des femmes, asymptomatiques, pratiquant une activité physique d’intensité faible, ayant une paroi ventriculaire gauche de moins de 16 mm d’épaisseur, sans obstruction de la chambre de chasse du ventricule gauche, pas d’arythmie liée à l’exercice, et pas de rehaussement tardif de la prise de gadolinium à l’IRM (LGE late gadolinium enhancement).

À l’inverse, les personnes à haut risque seraient des hommes, âgés de moins de 25 ans, adeptes du basket, du football ou du football américain, dont l’épaisseur de la paroi ventriculaire gauche est supérieure ou égale à 20 mm, étant LGE +, symptomatiques ou porteurs de l’un des facteurs de risque évoqués plus haut.

Pour finir, les auteurs recommandent que la participation aux sports de compétition chez les jeunes athlètes atteints de CMH soit abordée avec prudence, avec des conseils appropriés et un examen attentif prenant en compte le risque de mort subite.

Dr Patrick Laure

Référence
Drezner JA, Malhotra A et coll. : Return to play with hypertrophic cardiomyopathy: are we moving too fast? A critical review. Br J Sports Med. 2021; 55(18):1041–1047.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article