Cellules souches: des chercheurs aux charlatans

Greffon sous fovéal en place

L'utilisation de cellules souches a jusqu'ici prouvé son efficacité dans certaines pathologies hématologiques ou cutanées mais reste tout à fait expérimentale dans tous les autres domaines.

A ce titre, de nombreuses équipes dans le monde tentent de mettre au point des traitements basés sur les cellules souches pour quelques affections pour lesquelles on ne dispose pas de thérapeutique satisfaisante en respectant naturellement les règles prudentielles de la recherche sur l'homme et de bonne pratique clinique

Parallèlement, compte tenu de la demande de dizaines de milliers de patients aussi désespérés que fortunés, il s'est créé un véritable marché mondial des cellules souches avec l'apparition de centaines de sociétés et de cliniques proposant à leurs "clients" des traitements à base de cellules souches de provenances tout aussi diverses que les affections qu'elles sont censé traiter...

Le New England Journal of Medicine de la semaine illustre ces deux facettes de l'irruption actuelle des cellules souches avec deux publications originales portant sur la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA).

Un  essai clinique rigoureux

La première (1) signée par une équipe japonaise décrit les longues étapes qui ont conduit à l'essai, chez une patiente atteinte de DMLA avec néovascularisation, d'une transplantation sous maculaire de cellules souches autologues. En résumé il s'agissait de cellules obtenues à partir de fibroblastes de la malade différenciés in vitro en cellules épithéliales rétiniennes pigmentaires (CERP) grâce à l'action de différents facteurs de reprogrammation. Ces CERP ont alors subi de multiples explorations notamment sur leur parenté avec les cellules natives de l'épithélium pigmentaire et leur éventuel pouvoir carcinogène (dont un séquençage génomique complet !) pour s'assurer, autant que faire ce peut de leur innocuité.  Une fois ces étapes rigoureuses réalisées, une couche de ces cellules de un mm sur trois a été transplantée sous la région fovéale de l'œil droit.

En termes de sécurité aucun effet secondaire grave n'a été constaté avec 25 mois de recul et un an après la greffe, le transplant était morphologiquement intact et apparemment vivant. Sur le plan de l'efficacité les résultats sont neutres, l'acuité visuelle ne s'étant ni améliorée ni détériorée.

A noter que par prudence une deuxième patiente pour laquelle des CERP avaient été isolées n'a pas été transplantée en raison de la découverte de 3 délétions dans l'ADN de ces cellules.

Place aux apprentis sorciers

La deuxième publication (2), signée par une équipe de Miami, contraste point pour point avec celle des auteurs japonais. Il s'agit de 3 observations de patients ayant consulté en urgence pour une baisse brutale de l'acuité visuelle survenue dans les suites immédiates d'une injection intra-vitréenne de "cellules souches". Ces 3 patientes âgées de 72 à 88 ans qui souffraient d'une DMLA stable (avec ou sans néo-vascularisation) avaient été traitées (moyennant 5 000 dollars) dans une clinique privée spécialisée dans les cellules souches. Leur traitement avait consisté en l'injection intra-vitréenne bilatérale (!) de cellules obtenues par liposuccion et traitées par désagrégation enzymatique et mises en suspension dans un plasma riche en plaquettes sans autre contrôle.

En quelques jours, chez ces 3 malades les résultats ont été catastrophiques avec hypertension intra-oculaire, hémorragie rétinienne et vitréenne, décollement de rétine et dislocation cristallinienne. Ces complications très précoces ont induit une baisse majeure et irréversible de l'acuité visuelle des deux yeux allant de 20/200 à une cécité complète dans un cas.

Ainsi, sous l'appellation générique de thérapie par des cellules souches s'amalgament des essais thérapeutiques minutieux respectant les règles de bonne pratique conduits précautionneusement par des équipes spécialisées comportant des biologistes et des cliniciens et des tentatives de traitements conduits par des praticiens naïfs ignorant la complexité biologique de la question ou par des charlatans (3).

L'éditorialiste du New England Journal of Medicine en appelle donc à une véritable régulation sous l'égide de la FDA ce qui n'est pas le cas actuellement aux Etats-Unis.

Dr Céline Dupin

Références
1) Mandai M et coll.: Autologous induced stem-cell–derived retinal cells for macular degeneration. N Engl J Med 2017; 376: 1038-1046.
2) Kuriyan A et coll.: Vision loss after intravitreal injection of autologous “Stem cells” for AMD. N Engl J Med 2017; 376: 1047-1053.
3) Daley G. : Polar extremes in the clinical use of stem cells. N Engl J Med 2017; 376: 1075-1077.

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