Chute d’incidence de la maladie de Kawasaki pendant la pandémie de Covid-19

La maladie de Kawasaki (MK) ou "Syndrome lympho-cutanéo-muqueux" a été décrite par Tomisaku Kawasaki en 1967. C’est une vascularite des artères de taille moyenne, notamment des artères coronaires, qui en l'absence de traitement peut se compliquer d'anévrismes coronaires parfois mortels. Même si cette maladie a été rapportée dans le monde entier, elle est beaucoup plus fréquente dans les populations asiatiques, en particulier au Japon. Elle touche, dans la grande majorité des cas, les nourrissons et les jeunes enfants avant la puberté. C’est la principale cause de maladies cardiaques acquises chez l'enfant. L'étiologie de la MK est inconnue, mais son épidémiologie et les aspects cliniques suggèrent une infection ou une réaction immunologique anormale à une infection chez un sujet génétiquement prédisposé. Une maladie auto-immune est également évoquée. Les cas sont décrits le plus souvent au printemps et en hiver ; il n’y a pas de preuve d’une transmission interhumaine.

Le PIMS, parfois confondu avec la MK dans la première année de la pandémie

La pandémie de la COVID-19 a mis la MK sous les feux des projecteurs de deux façons. Il y a eu l'émergence soudaine du syndrome inflammatoire multisystémique (PIMS- Pediatric Inflammatory Multisystem Syndrom et MIS-C chez l’enfant -Multisystem Inflammatory Syndrome in Children), une affection rare mais grave qui touche surtout les enfants de 1 à 10 ans, survenant un à deux mois après une infection par le SARS-CoV-2 ; or le PIMS a été parfois dans la première année de la pandémie confondu avec la MK, avec une « médiatisation soudaine de cette maladie ». Les deux affections ont en commun une réponse immunitaire innée aiguë avec des niveaux élevés de marqueurs de l'inflammation et des signes cutanéo-muqueux communs [1].

L'autre façon dont la pandémie a mis dans un deuxième temps en lumière la MK est l’observation rapportée dans de nombreuses publications de la réduction significative de son incidence pendant la pandémie de la COVID-19 [2, 3]. Cette pandémie a entraîné une perturbation sans précédent de la société avec en particulier des modifications de comportement des populations qui ont pu affecter indirectement la dynamique des maladies infectieuses transmissibles ou des maladies non transmissibles (limitation des déplacements humains, confinements des populations, discontinuité des programmes de contrôle des maladies, diminution de l’exposition aux polluants environnementaux…).

Baisse de presque 30 % de l’incidence des cas en 2020 aux USA

Une étude, publiée en juin 2022 porte sur l’influence de différents facteurs pour expliquer la baisse de l’incidence de la MK dans l’ensemble des USA, [4]. Aux États-Unis, de 3 000 à 5 000 cas survient chaque année. Le ratio masculin/féminin est d'environ 1,5. Quatre-vingts pour cent des patients ont moins de 5 ans (pic de 18 à 24 mois).

Il s’agit d’une étude multicentrique portant sur des enfants atteints d'une MK diagnostiquée entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2020 (cohorte multicentrique de 28 centres pédiatriques), ainsi que sur une analyse des enfants atteints d'une MK et diagnostiqués entre le 1er janvier 2002 et le 15 novembre 2021 au Rady Children's Hospital de SanDiego [RCHSD].

Au total, 3 922 cas de MK ont été inclus dont 63 % et 37 % provenaient respectivement de l'étude multicentrique (2018-2020) et du RCHSD entre 2002 et 2021. Une baisse de 28,2 % des cas de MK au niveau national a été observé en 2020 (646 cas) par rapport à 2018 (894 cas) et 2019 (905 cas). Pour le RCHSD, une baisse significative des cas de MK a aussi été constatée en 2020 et 2021 par rapport au nombre moyen de cas des années précédentes. Les caractéristiques cliniques de la MK, notamment la langue framboisée, l'hypertrophie des ganglions cervicaux et la desquamation péri-unguéale subaiguë, ont été moins souvent observées au cours de l'année 2020 par rapport à la période de référence (langue framboisée : 39 % vs 63 % ; p = 0,04 ; hypertrophie des ganglions lymphatiques : 21 % vs 32 % ; p = 0,09 ; desquamation péri-unguéale : 47 % contre 58 % ; P = 0,16).

Nouvelle hausse au moment de l’abandon du port du masque, un indice pour l’origine de la maladie

Les auteurs ont noté que les fermetures d'écoles, la diminution de la circulation des virus respiratoires (port du masque et autres gestes barrières), la diminution de la pollution ambiante ont tous coïncidé, à des degrés divers, avec la période de diminution des cas de MK. A San Diego on a observé une augmentation de l’incidence de la MK au printemps 2021, simultanément à la levée de l’obligation du port du masque.

Cette étude montre que pendant la pandémie de la COVID-19 aux États-Unis, le nombre de cas de MK a diminué et est resté faible pendant la période de fermeture des écoles et d’imposition des gestes barrières. Pour les auteurs, ces résultats suggèrent que le comportement social est associé à l'exposition aux agents responsable de la MK et sont cohérents avec une porte d'entrée respiratoire pour ces agents.

Ainsi pour la première fois dans la MK, une contamination par voie aérienne d’un agent encore inconnu est évoquée. D’autres études devront être conduites pour rechercher l’agent responsable et préciser éventuellement la porte d’entrée de l’infection.

Pr Dominique BAUDON

Références
[1] Whittaker E, BamfordA,KennyJ,et coll. ; PIMS-TS Study Group and EUCLIDS and PERFORM Consortia.Clinical characteristics of 58 children with a pediatric inflammatory multisystem syndrome temporally associated with SARS-CoV-2. JAMA. 2020;324(3):259-269. doi:10.1001/jama.2020.10369
[2] YangYL, et coll. : KuoHC. Public health interventions for COVID-19 reduce Kawasaki disease inTaiwan. Children(Basel). 2021; 8(8): 623. doi:10.3390/children8080623
[3] PhamduyTT et coll. : Kawasaki disease hospitalizations in the United States 2016-2020: a comparison of before and during the coronavirus disease 2019 era. Pediatr Infect Dis J. 2021;40(11):e407-e412. doi:10.1097/INF.0000000000003289
[4] Burney JA et coll. : Epidemiological and Clinical Features of Kawasaki Disease During the COVID-19 Pandemic in the United States. JAMA Network Open. 2022;5(6):e2217436. doi:10.1001/jamanetworkopen.

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Vos réactions (1)

  • Questionnement pas vraiment nouveau

    Le 26 juin 2022

    « Ainsi pour la première fois dans la MK, une contamination par voie aérienne d’un agent encore inconnu est évoquée. »
    Le Pr Baudon devrait réviser son histoire de la médecine. L’origine post infectieuse de cette maladie et son évolution parfois en cluster épidémique est discutée depuis la description princeps par Tomisaku Kawasaki. L’observation de la corrélation de son incidence avec les mesures barrières n’est donc pas très surprenante, même si cette nouvelle information a l’intérêt de consolider l’hypothèse physiopathologique privilégiée depuis longtemps.

    Dernier point: De nombreuses publications, pas toujours reproduites, ont corrélé l’évolution épidémique d’agent infectieux parfaitement connus avec celle de la maladie de Kawasaki. Le mécanisme superantigènique supposé peut se concevoir avec plusieurs agents infectieux. Je ne vois pas en quoi cette observation serait un argument pour l’hypothèse d’un unique agent encore inconnu.

    Dr Yves Hatchuel

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