CIN2 : opter pour une surveillance active chez les femmes jeunes ?

L’histoire naturelle des lésions cervicales n’a décidément pas livré tous ses secrets. La découverte d’une lésion CIN2 (Cervical Intra-épithélial Neoplasia de grade 2) à la biopsie du col de l’utérus est, selon les recommandations actuelles, le seuil fixé pour une intervention. Certains travaux ont toutefois suggéré qu’une régression spontanée des lésions CIN2 n’est pas rare. Ce point n’est pas anodin, particulièrement pour la prise en charge des patientes en âge de procréer, chez lesquelles les traitements locaux, efficaces sur les lésions, peuvent avoir des conséquences négatives sur les grossesses futures (accouchements prématurés, fausses couches du 2ème trimestre).

Les résultats d’une méta-analyse sur le sujet ont été publiés récemment par le British Medical Journal. Les auteurs ont réalisé une revue systématique de la littérature concernant le devenir des lésions CIN2 histologiquement confirmées et prises en charge de façon conservatrice. Au total 36 études ont été retenues (7 essais randomisés, 16 études prospectives de cohorte, 13 études rétrospectives de cohorte), incluant au total 3 160 patientes.

Progression pour moins de 20 % des lésions

Les résultats ne manquent pas d’intérêt. En effet, après 2 ans de suivi, la moitié des lésions ont régressé et à peine 1 sur 5 (18 %) a progressé. Les autres (32 %) sont restées stables. L’analyse en sous-groupes révèle que le taux de régression est encore plus élevé pour les patientes âgées de moins de 30 ans (60 %), chez qui seulement 11 % des lésions ont progressé. Cela signifie que parmi 1 000 patientes de moins de 30 ans, 600 bénéficieront d’une régression de leur CIN2 au cours des 2 ans de surveillance active, 230 garderont un CIN2 inchangé et 110 auront une progression des lésions. Ces dernières deviendront pour la grande majorité un CIN3, 5 sur 1 000 une néoplasie glandulaire intraépithéliale, et 0,6 sur 1 000 un cancer invasif.

Au vu de ces résultats, les auteurs conseillent de remplacer l’intervention immédiate sur les CIN2 par une surveillance active, particulièrement chez les femmes jeunes. Cela pourrait être proposé aux femmes ayant un désir de grossesse future et chez qui la probabilité de bonne compliance est élevée. Certains critères cliniques devraient aussi compter pour la décision d’une surveillance active, il s’agit notamment de la présence d’une zone de transformation visible.

Une objection est parfois avancée au sujet de la surveillance active des CIN2. Elle concerne le risque de récurrence après régression spontanée. Une étude rétrospective montrait récemment que le risque de développement d’une nouvelle lésion de haut grade (CIN3,CIN2,HSIL ou ASC-H) 4 ans après régression spontanée, était de 17 %, contre 4 % chez les femmes traitées « conventionnellement ». Notons que ce chiffre est peu différent du 12 % de risque de récurrence d’une lésion de haut grade survenant après une lésion CIN1 de régression spontanée.

Dr Roseline Péluchon

Références
Tainio K. et coll. : Clinical course of untreated cervical intraepithelial neoplasia grade 2 under active surveillance: systematic review and meta-analysis.
BMJ 2018;360:k499

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Vos réactions (1)

  • La grossesse est une période d'immunodépression

    Le 09 mars 2018

    L'évolution des CIN2 qui, en majorité, sont dues à une infection HPV, dépend beaucoup de l'agressivité de celui-ci.

    La grossesse est une période d'immunodépression qui favorise le développement de l'infection virale.

    Dr Blandine Courtot

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