Combien de « vraies » grippes parmi les syndromes grippaux ?

L’efficacité de la vaccination contre la grippe constitue chaque année un sujet de discussions animées. Les débats scientifiques sur la méthodologie à adopter pour déterminer cette efficacité ont transpiré dans les medias et atteint l’opinion publique. La majorité des patients ne fait toutefois pas de différence entre la grippe causée par le virus influenza et les syndromes grippaux provoqués par d’autres pathogènes respiratoires, contre lesquels la vaccination est sans effet. Cela contribue à une certaine perception d’inefficacité de la vaccination et au refus de celle-ci.

Mais quelle est la contribution relative du virus influenza et des autres pathogènes respiratoires dans les syndromes grippaux survenant en ville chez les adultes? Une étude observationnelle de cohorte réalisée aux Pays-Bas chez des personnes de plus de 60 ans, pendant 2 saisons hivernales (2011- 2012 et 2012 - 2013) apporte des précisions utiles pour apprécier la responsabilité des uns et des autres. Le syndrome grippal était défini comme une fièvre supérieure ou égale à 37,8°, avec au moins l’un des signes suivants : céphalées, myalgies, maux de gorge, toux, douleur thoracique, rhinite.

Bien d’autres virus en cause

Avec une incidence de syndromes grippaux de 7,2 % au cours de la première saison et de 11,6 % au cours de la deuxième saison, le virus de la grippe est responsable de 18,9 % et 34,2 % de ces épisodes. Lors de l’épidémie 2011-12, il s’agit le plus souvent du virus A(H3N2), présent dans 96,3 % des prélèvements, alors que 4 sous-types sont présents au cours de la saison suivante : A(H3N2) pour 43,6 %, A(H1N1) pour 25,5 %, B/Yamagata pour 25,5 % et B/Victoria pour 5,3 %.

Mais d’autres virus ou bactéries pathogènes sont responsables des syndromes grippaux, identifiés ici dans 60,8 % des cas au cours de la première saison et 44,7 % des cas la saison suivante. Il s’agit des coronavirus, métapneumovirus, rhinovirus, virus respiratoire syncytial, virus para-influenzae. Notons que dans 80 % des cas de grippe, un autre virus pathogène est détecté en association avec le virus de la grippe dans les prélèvements naso-pharyngés.

Selon l’année considérée, la vaccination réduit de 73 % ou 51 % le risque d’infection par le virus influenza. En revanche, l’incidence des syndromes grippaux est identique chez les sujets vaccinés et les non vaccinés. Et c’est sans doute sur ce point qu’il est désormais utile d’insister. Les auteurs de l’étude estiment en effet nécessaire d’informer les patients sur ce qu’ils peuvent attendre de la vaccination contre la grippe, à savoir qu’elle réduit bien le risque de grippe, mais pas celui de syndrome grippal, trop souvent confondus.

Dr Roseline Péluchon

Références
Van Beek J et coll. : Influenza-likeIllness Incidence Is Not Reduced by Influenza Vaccination in a Cohort of OlderAdults, Despite Effectively Reducing Laboratory-Confirmed Influenza Virus Infections. J Infect Dis., 2017; 216 : 415-424.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Tout évolue

    Le 06 février 2018

    Avec une définition aussi large du syndrome grippal une simple rhino-pharyngite entre dans le cadre de ce "syndrome". Je m’étonne dans ce cas du pourcentage aussi élevé de vraie grippe sauf, si l’on tient compte du fait que l’étude a été faite en période épidémique. Au cours de mes études j’ai acquis la notion que le syndrome grippal était un peu plus complet que cela. On parlait également de syndrome pseudo-grippal lorsque la température (>= 38°5) faisait défaut. Tout évolue…

    Dr Jean-Philippe Pau Saint-Martin

  • Grippe du médecin et grippe du patient

    Le 07 février 2018

    La situation est bien pire que ce qui est analysé dans cette étude : la majorité des patients désigne par "grippe" bien plus que tout syndrome grippal, mais aussi n'importe quelle manifestation respiratoire d'allure infectieuse (rhinite, rhino-pharyngite, bronchite ...) sans discernement, de sorte qu'il existe un océan entre la "grippe" entendu par un patient et la grippe du médecin.

    Quand le même mot ne désigne pas la même chose pour les différents interlocuteurs, il y a des chances en effet que la communication soit pour le moins brouillée...

    Dr Philippe Helias

  • La grippe, cette inconnue !

    Le 08 février 2018

    Grippe ou pas grippe, j'ai retenu surtout cette fameuse phrase de Francis Blanche ou Pierre Dac : Je n'ai jamais su la différence entre une "Bonne grippe" et une "Mauvaise grippe". Après 54 ans d'exercice...moi non plus !

    Dr Richard Guidez

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article