Contraception hormonale et cancer du sein : la partie n’est pas gagnée

Environ 140 millions de femmes à travers le monde utilisent une contraception hormonale. Si l’on sait déjà que les œstrogènes favorisent le développement du cancer du sein, le rôle de la progestérone est moins clair et des incertitudes demeurent concernant le lien entre l’utilisation des combinaisons œstro-progestatives et le cancer du sein. Beaucoup des études disponibles ont été menées à une époque où les doses d’hormones étaient supérieures à celles qui sont actuellement utilisées, et avant l’ère des nouveaux progestatifs ou des nouvelles voies d’administration (patch, anneaux, implants,etc.).

Une mise à jour est donc bienvenue. Elle nous est fournie par une équipe danoise qui a réalisé une étude prospective de cohorte incluant toutes les danoises entre 15 et 49 ans au 1er janvier 1995, puis toutes celles atteignant 15 ans jusqu’au 31 décembre 2012, n’ayant jamais présenté de cancer ni d’accident thrombo-embolique, ni suivi de traitement pour infertilité. Plus de 1,8 million de femmes ont ainsi été suivies pendant en moyenne 10,9 ans (soit 19,6 millions de personnes-années). Au total 11 517 cas de cancer du sein sont survenus pendant cette durée.

Un risque accru quelles que soient la combinaison œstro-progestative et la nature du progestatif

Plusieurs constats émergent. Il apparaît en premier lieu que le lien entre la contraception œstro-progestative et le cancer du sein se confirme. Le risque est en effet augmenté de 20 % chez les femmes utilisant ce type de contraception pendant leur participation à l’étude (risque relatif [RR]1,20 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,14 à 1,26). Le risque relatif augmente avec la durée d’utilisation, allant de 1,09 pour une durée inférieure à 1 an à 1,38 pour plus de 10 ans de contraception. En revanche, contrairement à ce qu’affirmaient certains travaux, le risque semble ici persister après l’interruption de la contraception, puisque 5 ans après l’arrêt il reste supérieur chez les femmes qui ont utilisé une contraception œstro-progestative pendant au moins 5 ans. 

Aucune combinaison existante n’est exempte de risque, et ce, quel que soit le progestatif utilisé. Notons particulièrement que le levonorgestrel seul, par voie orale ou en dispositif intra-utérin, est lui aussi concerné par l’association entre contraception hormonale et cancer du sein (RR 1,21 ; IC 1,11 à 1,33).

A replacer dans le contexte d’une faible incidence du cancer du sein

Cette augmentation du risque doit toutefois être replacée dans le contexte de faible incidence du cancer du sein chez ces femmes jeunes. Les auteurs estiment que le risque absolu est approximativement de 1 cancer du sein supplémentaire pour 7 690 femmes traitées pendant 1 an. Ce résultat doit être confronté aux avantages de la contraception hormonale, non seulement en termes d’effet contraceptif, de réduction des dysménorrhées ou des ménorragies, mais aussi parce que la contraception œstro-progestative a été associée à une réduction substantielle du risque de cancer de l’ovaire, de l’endomètre et colorectal.

L’éditorialiste du New England Journal of Medicine, rappelle l’optimisme qui prévalait dans les années 80-90 concernant la mise au point d’une contraception hormonale qui réduirait le risque de cancer du sein. Les recherches ne se sont finalement pas concrétisées. Ces données sont un argument supplémentaire pour ne pas abandonner la partie.

Dr Roseline Péluchon

Références
Mørch LS et coll. : Contemporary Hormonal Contraception and the Risk of Breast Cancer New Engl J Med 2017; 377: 2228-39

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Rôle du desogestrel 75 ?

    Le 27 décembre 2017

    Cette étude ne dit rien à propos de la pilule progestative pure anti ovulatoire (desogestrel 75) qui est le meilleur espoir de prévenir le cancer du sein en diminuant l’imprégnation hormonale. Stérilet hormonal et levogesrel n’ont pas cette propriété car non anti gonadotropes.

    Dr Ph Vignal

Réagir à cet article