Covid-19 et persistance du virus sur les surfaces, pas un (faux) mythe

La vitesse à laquelle la Covid-19 s'est répandue dans le monde entier est alarmante. La transmission du SARS-CoV-2 semble se faire principalement par les aérosols, avec de récentes études montrant qu’il pouvait rester infectieux dans les particules en suspension dans l'air pendant plus de 3 heures.

Bien que le rôle de la transmission par des surfaces contaminées (fomites en anglais) ne soit pas encore entièrement élucidé, l’OMS a mis l'accent sur la nécessité du lavage des mains dans les programmes de contrôle nationaux.

D’une façon générale, il a été démontré que les virus se transmettent facilement entre la peau contaminée et une surface de contact fréquemment utilisée : écrans tactiles des téléphones portables, guichets automatiques des banques, bornes d'enregistrement des aéroports ou des libres-services. La transmission se ferait dans 33 % des cas de la surface contaminée au bout des doigts et des doigts à la bouche pour les bactéries et les phages. À ce jour, il existe des données contradictoires sur la capacité de survie du SARS-CoV-2, allant de 3 à 14 jours à température ambiante, mais pour un seul type de surface, l'acier inoxydable.

Des données précises sur la stabilité environnementale du SARS-CoV-2 sont donc nécessaires afin de déterminer les risques de transmission à partir de surfaces contaminées.

Une étude aux antipodes

Les auteurs de cette étude australienne ont mesuré les taux de survie du SARS-CoV-2 infectieux, en suspension dans une matrice standard ASTM E2197, sur plusieurs types de surfaces communes. La concentration de virus de 4,97 × 107/mL a été diluée dans une solution standard qui imite la composition des fluides corporels, ce qui a abouti à une concentration finale de 3,38 × 105/10 μL d’inoculum) et ce qui équivaut à une valeur de Ct des RT-PCR des gènes N, E et RdRp de 14,2, 14,0 et 14,8 respectivement. Toutes les expériences ont été réalisées dans l'obscurité, afin d'annuler tout effet des rayons ultraviolets. Les surfaces inoculées ont été incubées à 20 °C, 30 °C et 40 °C et échantillonnées à différents moments.
Les taux de survie du SARS-CoV-2 ont été déterminés à différentes températures et les valeurs D, Z et la demi-vie ont été calculées.

Objets inanimés, vous avez donc une âme

Les demi-vies ont été comprises entre 1,7 et 2,7 jours à 20 °C, se réduisant à quelques heures lorsque la température était à 40 °C. Avec des charges virales initiales largement équivalentes aux titres les plus élevés excrétés par les patients infectieux, le virus viable a été isolé pendant 28 jours à 20 °C sur des surfaces communes telles que le verre, l'acier inoxydable et les billets de banque en papier et en polymère. À l'inverse, le virus infectieux a survécu moins de 24 heures à 40 °C sur certaines surfaces.

L’inox : un véritable abattoir

Pour l'acier inoxydable, la valeur D a été déterminée comme étant de 6,48 jours à 20 °C, et la valeur Z de 13,62 °C. Ce qui signifie que si la température devait chuter de 13,62 °C à partir de 20 °C (c'est-à-dire de 6,38 °C), la valeur D passerait de 6,48 à plus de 64 jours ! Ces données pourraient rendre compte des foyers épidémiques dans les installations de traitement et d'entreposage frigorifique de la viande. Elles confirment également les conclusions d'une récente publication sur la survie du virus dans les aliments frais et surgelés.

Touchez pas au grisbi

La persistance du virus sur le papier et les billets de banque en polymère est particulièrement inquiétante, compte tenu de la fréquence de circulation et du potentiel de transfert du virus viable à la fois entre les individus et les lieux géographiques. Alors que d'autres études ont montré que les billets en papier contiennent plus d'agents pathogènes que les billets en polymère, ces données démontrent que le SARS-CoV-2 persiste sur les billets en papier et en polymère pendant au moins 28 jours à 20 °C, bien qu'avec un taux d'inactivation plus rapide sur les billets en polymère. À noter qu'avant que la Covid-19 ne soit déclaré pandémie, la Chine avait commencé à décontaminer sa monnaie en papier, ce qui suggère que des inquiétudes sur la transmission par les billets de banque en papier existaient à l'époque. Les États-Unis et la Corée du Sud ont également mis en quarantaine les billets de banque en raison de la pandémie .

Mon téléphone n’est plus si smart

La persistance sur le verre est une constatation majeure, étant donné que les appareils à écran tactiles peuvent ne pas être nettoyés régulièrement et présentent donc un risque de transmission. Il avait été démontré depuis belle lurette que les téléphones portables peuvent abriter des agents pathogènes responsables de la transmission nosocomiale et que, contrairement aux mains, ils ne sont pas nettoyés régulièrement.

100 % coton

Cette étude démontre également des temps de survie significativement plus longs sur le coton (7 jours) que ceux rapportés précédemment. Cette différence pourrait être due à des différences dans les types de coton utilisés. L'étude actuelle a utilisé un tissu 100 % coton, alors que les études précédentes utilisaient soit une blouse en coton, soit un t-shirt en coton.

Températures et persistance du virus sur les surfaces : sale temps

Les données présentées dans cette étude démontrent que le SARS-CoV-2 infectieux peut être récupéré sur des surfaces non poreuses pendant au moins 28 jours à température et humidité ambiantes (20 °C et 50 %). Toutefois, rayon de soleil, l'augmentation de la température tout en maintenant l'humidité a considérablement réduit la capacité de survie du virus à seulement 24 heures à 40 °C.

Bien qu’élevés, les titres du virus utilisés dans cette étude n’en représentent pas moins une quantité plausible de virus qui peut être déposée sur une surface. Si elle se confirme, la persistance du virus sur les surfaces de notre vie de tous les jours doit nous conduire à les désinfecter régulièrement et doit guider les mesures prises dans les transports, les banques, les boutiques... afin d’atténuer les risques de transmission d’autant que le Général Hiver avec son cortège de froidure et d’obscurité risque d’en passer une deuxième couche.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Riddell S, Goldie S, Hill A, Eagles D, Drew TW. : The effect of temperature on persistence of SARS-CoV-2 on common surfaces. Virol J. 2020; 17(1):145. doi: 10.1186/s12985-020-01418-7. PMID: 33028356; PMCID: PMC7538848.

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Vos réactions (6)

  • Précisions indispensables

    Le 14 octobre 2020

    Comment explique t-on que lors de la grande vague de février mars avril et le confinement nécessitant des transports naturels massifs de colis, ravitaillements et échanges d'iceux par les personnes courageuses continuant de travailler, n'aient pas abouti à une flèche faramineuse de contaminations? Mais au contraire, n'ait pas gêné la décroissance de la courbe infectieuse...
    La présence du virus ne dit rien de sa capacité infectiologique....C'est cela qu'il faudrait définir et préciser en fonction des objets et matières concernées par nos usages quotidiens!

    Dr Jacques Borek

  • Sommes nous un animal nocturne ?

    Le 14 octobre 2020

    Il me semble que faire les essais à la noirceur fausse considérablement le résultat, non?

    L'éclairage contient souvent des UV (au Soleil par exemple, ou l'éclairage LED) qui ont un effet considérable sur les Virus.

    Dr Claude Lavallée

  • So what ?

    Le 14 octobre 2020

    Merci pour cette intéressante recension, mais quelle incidence pratique doit-on en retenir ?
    Cette étude intéressera les responsables de l'hygiène en milieu sanitaire, bien que d'efficaces précautions y soient prises depuis bien longtemps.

    Il y a aussi matière à conforter les mesures d'hygiène instaurées dans les lieux recevant du public (gel hydroalcoolique à l'entrée, nettoyage très soigneux).
    En revanche, je reste bien circonspect en ce qui concerne les infections courantes, qui restent quasi-exclusivement le fait de réunions en milieux clos. On manque réellement de cas documentés pouvant évoquer la moindre contamination par contact avec un objet.
    Il me semble que la priorité absolue doit rester l'évitement de la propagation aérienne.

    Dr Pierre Rimbaud

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