DDT et cancer du sein, les tableaux d’une exposition

Le DDT, le plus célèbre des insecticides organochlorés, qui a rendu des services indiscutables en matière de santé par le passé, est interdit dans la plupart des pays depuis une quarantaine d’années. Polluant organique persistant (POP), il s’est accumulé dans la chaîne alimentaire. Perturbateur endocrinien, il se fixe sur le récepteur des estrogènes et est soupçonné de jouer un rôle dans la cancérogénèse mammaire. Il est classé A2, cancérogène probable, par le CIRC. Le DDT a été largement utilisé aux USA de 1943 à 1970.

Les « Child Health and Development Studies (CHDS) » menées en Californie ont précédemment montré que selon la période d’exposition au DDT (in utero, enfance, puberté, grossesse) ses effets sur le développement mammaire et le risque de cancer pouvaient être variables. Une étude cas-témoin, prospective, a montré que parmi les femmes exposées au DDT dès la période intra-utérine ou l’enfance, celles qui avaient les taux de DDT les plus élevés, sur des échantillons sanguins prélevés à l’occasion d’une grossesse, avaient un risque de développer un cancer du sein avant 50 ans multiplié par 2,8. Cette multiplication du risque était même de plus de 5 chez celles qui avaient les taux de DDT les plus élevés et avaient été exposées dès la période intra-utérine (nées après 1944).

Dans d’autres études, ce sur-risque n’avait pas été retrouvé, mais les taux sanguins de DDT avaient été déterminés sur des prélèvements faits alors que les femmes étaient plus âgées.

La dernière publication des CHDS étudie l’influence de la période d’exposition au DDT chez les femmes qui ont développé un cancer du sein entre 50 et 54 ans, c’est à dire en début de ménopause : étude prospective cas-témoin pour laquelle 15 528 femmes avaient été recrutées entre 1959 et 1967, à l’occasion du suivi d’une grossesse et chez lesquelles un échantillon sanguin avait été prélevé pour les dosages du DDT.

Sur-risque avec une exposition in utero puis après la puberté

Cent cinquante-trois d’entre-elles ont développé un cancer du sein entre 50 ans et 54 ans.Chaque cas a été comparé à 3 témoins appariés sur l’année de naissance (entre 1914 et 1952). Les taux de DDT retrouvés sont très variables tant chez les femmes qui ont développé un cancer que chez les témoins, mais sont comparables lorsqu’elles ont débuté l’exposition au DDT et été prélevées aux mêmes âges.

Un doublement du taux de DDT est associé à un doublement du risque de cancer du sein entre 50 et 54 ans, Odds Ratio OR = 1,99 (intervalle de confiance à 95 % IC  = 1,48 – 2,67).

La stratification selon l’âge lors du début de l’exposition au DDT montre que ce sont seulement les femmes exposées après l’enfance (> 13 ans) qui ont un risque statistiquement significatif, OR = 2,83 (IC = 1,96 - 4,10).

Au total, selon ces études, l’exposition au DDT in utero serait associée à un sur-risque de cancer du sein avant 50 ans. Alors que ce sur-risque s’estomperait avec un début d’exposition intervenant plus tard dans l’enfance, c’est le sur-risque d’un cancer du sein plus tardif, entre 50 et 54 ans, qui augmenterait pour être maximum en cas de début d’exposition au DDT après la puberté.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Cohn BA, Cirillo PM, Terry MB. : DDT and Breast Cancer: Prospective Study of Induction Time and Susceptibility Windows. JNCI J Natl Cancer Inst., 2019 ; 111 (8): djy198

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Vos réactions (2)

  • 50 ans de retard

    Le 12 mars 2019

    Il a fallu attendre plus de 50 ans pour confirmer à nouveau les néfastes conséquences d'un perturbateur endocrinien notoire. C'est ce que veut démontrer cet article.
    La question que je me pose : faut il attendre encore des années avant de supprimer totalement des perturbateurs endocriniens connus encore utilisés aujourd'hui ?
    Les considérations économiques et sociales ne seront jamais, aux yeux de l'histoire, un argument recevable.

    Dr Roland Plumeau

  • Incriminé dans l'autisme

    Le 13 mars 2019

    On peut ajouter également que le DDT est incriminé dans l'autisme, en raison de sa persistance dans les sols quarante ans après son interdiction. De quoi alimenter la méfiance envers les pesticides
    https://www.webmd.com/brain/autism/news/20180816/research-links-banned-insecticide-ddt-to-autism#1
    https://medicalxpress.com/news/2018-08-biomarker-evidence-ddt-autism-link.html

    Dr Jean-Paul Dercq

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