De l'aspirine pour prévenir une nouvelle fausse-couche ?

Si les mécanismes physiopathologiques de la fausse couche spontanée (FCS) sont imparfaitement connus, on sait que sa récidive est fréquente et que l'hypoperfusion et l'inflammation endométriales semblent jouer un rôle. Les effets pro-vasculaires et anti-inflammatoires de l'aspirine pourraient donc être intéressants et l'aspirine est déjà utilisée à faible dose en post-conceptionnel sans preuve formelle cependant de son efficacité.

L'étude multicentrique américaine EAGeR (Effects of Aspirin in Gestation and Reproduction), récemment publiée dans le Lancet, a voulu évaluer, par rapport au placebo, l'effet d'un traitement quotidien préconceptionnel par aspirine à faible dose dans la récidive de FCS.

Elle a porté sur 1 078 femmes de 18 à 40 ans ayant un nouveau désir de grossesse après 1 épisode, dans l'année précédente, d'une FCS avant 20 semaines d’aménorrhée (SA). Du fait de difficultés de recrutement, l'inclusion a été élargie dans un second temps à des femmes ayant présenté 1 ou 2 épisodes de FCS, quels qu'en soient le terme et la date. Ces patientes ont été randomisées en double aveugle entre 81 mg d'aspirine/jour + acide folique (n = 535) versus placebo + acide folique (n = 543) pendant 6 cycles menstruels. En cas de conception, le traitement était poursuivi jusqu'à 36 semaines de grossesse.

Sur le total des femmes incluses, 309 (58 %) femmes du groupe aspirine ont donné naissance à un enfant vivant versus 286 (53 %) du groupe placebo (p = 0,0984). Une fausse couche spontanée est survenue chez 68 (13 %) femmes du groupe aspirine versus 65 (12 %) femmes du groupe placebo (p = 0,7812). Une analyse restreinte aux femmes recrutées sur les critères d'inclusion initiaux a également été réalisée : 151 (62 %) des 242 femmes du groupe aspirine ont donné naissance à un enfant vivant versus 133 (53 %) des 250 femmes du groupe placebo (p = 0,0446).

Les effets indésirables sévères ont été similaires dans les 2 groupes. Il a été observé plus de métrorragies dans le groupe aspirine sans que cela ne soit associé à la survenue d'une fausse couche.

Ce travail est intéressant dans la mesure où il a porté sur des femmes tout venant, ayant un ou au maximum deux épisode(s) de FCS dans leurs antécédents et sans pathologie auto-immune connue, en particulier sans syndrome des anti-phospholipides. S'il n'a pas démontré la supériorité de l'aspirine préconceptionnel à faible dose sur le placebo pour prévenir la récidive de FCS précoces après 1 ou 2 épisodes dans l'année précédente, une différence significative sur les taux de naissances vivantes a été observée dans le groupe aspirine après 1 épisode unique de FCS, avant 20 SA, dans l'année précédente. Ce résultat n'est cependant pas suffisant pour recommander en pratique la prescription préconceptionnelle d'aspirine pour prévenir la récidive de FCS précoce.

Dr Catherine Azoulay

Référence
Schisterman EF et coll. : Preconception low-dose aspirin and pregnancy outcomes: results from the EAGeR randomised trial. Lancet, 2014; publication avancée en ligne le 2 avril. DOI: 10.1016/S0140-6736(14)60157-4

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