Déficit en vitamine D chez l’enfant : encore un problème en Europe

Environ un milliard de personnes dans le monde ont des taux bas de vitamine D (VD). Outre son action sur l’absorption du calcium et le métabolisme osseux, la VD joue un rôle important dans les fonctions immunitaires. Le taux de 25-hydroxyvitamine D [25(OH)D], synthétisée par le foie, est un bon marqueur du statut en VD de l’organisme. Un taux de 50 nmol/l est considéré comme le seuil de « suffisance » et au dessous de 30 nmol/l comme le seuil « carentiel ». Les enfants d’immigrants sont particulièrement à risque en raison des conditions socio-économiques, d’une peau souvent foncée s’opposant à l’action des UV et éventuellement d’habitudes vestimentaires allant dans le même sens.

Ces constatations ont incité des pédiatres néerlandais à conduire une enquête à Amsterdam, où la moitié de la population et les deux tiers des enfants sont d’origine immigrée. De janvier à juin 2011, les parents des sujets de 0 à 18 ans qui venaient consulter aux urgences de l’hôpital universitaire se sont vus proposer, s’ils avaient une prise de sang pour une autre raison, un dosage de 25(OH)D, avec un interrogatoire sur leur origine et leurs habitudes alimentaires. Les enfants ayant une maladie ou un traitement interférant avec la VD ont été exclus.

Au total, 132 patients ont été étudiés : 35 de souche néerlandaise, 80 appartenant aux immigrés de seconde génération et 17 de la première. Le taux médian de 25(OH)D était dans ce groupe de population de 49 nmol/l (intervalle 6-264 nmol/l). Un tiers des patients avait un taux de 25(OH)D inférieur à 30 nmol/l et la moitié à 50 nmol/l.

Les enfants immigrants non occidentaux d’âge médian 104,7 mois (12,5-212 mois) avaient un taux médian de 25(OH)D de 38 nmol/l (de 9 à 113 nmol/l) versus 61 nmol/l (6-264 nmol/l) chez les néerlandais d’âge comparable (80 mois ; 13,2 à 198 mois) (p < 0,001). Les immigrants de première génération avaient un taux médian de 31 nmol/l (9-111 nmol/l).

Après ajustement en fonction de l’âge, la saison de prélèvement, et le type de la peau (blanche, noire ou intermédiaire), les immigrants avaient, en comparaison de leurs pairs occidentaux, un risque de carence (< 30 nmol/l) augmenté (odds ratio [OR] = 3,87 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,13 à 13,29 ; p = 0,03), mais aussi d’insuffisance (< 50 nmol/l) (OR = 3,57 ; IC95 de 1,26 à 10,14 ; p = 0,02).

Malgré les recommandations de supplémentation avant 4 ans, seuls 9 enfants sur 23 en recevaient avant cet âge et 13 seulement sur 98 chez les plus âgés.

En conclusion, aux Pays Bas (et pourquoi pas en France), la carence en   vitamine D et sa prophylaxie sont toujours d’actualité !

JJ Baudon

Référence
Huibers MHW et coll.: Vitamin D deficiency among native Dutch and first- and second-generation non-Western immigrants. Eur J Pediatr 2014 ; 173 : 583-88.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Quelle interaction entre les vitamines A, D et E?

    Le 08 mai 2014

    Y-a-t-il une interaction entre les vitamines A, D et E ? Une synergie ?
    S. Benharkat

  • Des preuves

    Le 08 mai 2014

    "En conclusion, aux Pays Bas (et pourquoi pas en France), la carence en vitamine D et sa prophylaxie sont toujours d’actualité" (chez l'enfant).
    La réponse pour la France est évidemment "Oui" avec preuves à l'appui et validation d'un questionnaire simple évitant le dosage de vitamine D (à une époque où le dosage de 25-OH-D n'était pas aussi accessible qu'aujourd'hui).

    1)Prevention of vitamin D deficiency in the child and adolescent. I. Proposal and arguments for use of a decision tree]. Garabédian M, Menn S, Nguyen TM, Ruiz JC, Callens A, Uhlrich J.
    Arch Pediatr. 1999 Sep;6(9):990-1000.French.

    2)Prevention of child and adolescent vitamin D deficiency. II. Validation of a decision-making abacus based on sun exposure and vitamin D intakes].Garabédian M, Menn S, Walrant-Debray O, Teinturier C, Delaveyne R, Roden A.Arch Pediatr. 2005 Apr;12(4):410-9. French.

    Un travail encore plus ancien montrait la même chose chez les plus de 75 ans
    Vitamin D deficiency and supplementation in the elderly. A comparative trial of various modalities of administrating vitamin D2]. Sebert JL, Fardellone P, Liu S, Ruiz JC, Bellony R, Cohen-Solal M, Perdu V, Defrance D.Rev Rhum Mal Osteoartic. 1988 Jul-Sep;55(9):693-700. Review. French.

    Si l'observance de la prévention est (probablement) correcte chez les nourrissons celle chez les jeunes enfants, adolescents et séniors est certainement très insuffisante.
    Une communication de concert avec celle de la vaccination anti grippale serait la bienvenue pour les séniors, vu la (quasi) absence de communication de l'industrie pharmaceutique.
    Serait également souhaitable la réhabilitation de la physiologie du bilan calcique basée sur le couple Calcémie à jeûn/Parathormone (+créatinine), un déficit franc en Vitamine D augmentant la PTH au delà de la valeur seuil de bonne santé osseuse (différente des normes usuelles et à préciser pour chaque méthode de dosage)

    Dr JC Ruiz

  • Et quid sous l'équateur?

    Le 09 mai 2014

    Avons-nous des données sur la carence en vitamine D sur peau blanche en pays chaud?
    la question peut paraître stupide mais, ici à Singapour, j'ai vu d'authentiques carences en vitamine D (taux 25(OH)D < 30 nmol/L) chez des adultes à peau blanche, la raison était le manque d'ensoleillement chez des "workaholics" qui fuient la chaleur écrasante et vont de clim en clim toute la journée, sauf en vacances qui ici sont rares.
    Du coup, la question m'a été posée chez l'enfant : supplémentation ou pas des enfants / nourrissons / ados à peau blanche qui sont finalement peu exposés au soleil direct tant il est chaud et dangereux.
    Quelqu'un aurait-il des données?
    A tout le moins sur la quantité quotidienne de soleil direct recommandée pour assurer un taux normal en VD sous l'équateur où les rayons sont courts?
    Dr Anne Genetet

Réagir à cet article