Dermatomyosites et polymyosites, un danger aussi pour le système cardiovasculaire

Les dermatomyosites (DM) et les polymyosites (PM) font partie des maladies inflammatoires chroniques susceptibles de favoriser la survenue d’évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM) ou thrombo-emboliques du fait notamment de l’inflammation systémique à bas bruit et des facteurs de risque cardiovasculaire aggravés par certains traitements. Une méta-analyse exhaustive permet d’évaluer le pronostic cardiovasculaire de ces maladies. Les données de PubMed, Embase et Cochrane collectées jusqu’en février 2021 ont été examinées.

C’est ainsi qu’ont été retenus 22 études de cohorte prospectives regroupant au total 25 433 patients atteints d’une DM ou d’une PM. Par rapport à la population générale, le risque relatif (RR) d’ECVM associé à ces maladies a été estimé à 2,37 (intervalle de confiance à 95 % IC 95%: 1,86-3,02). Ce risque s’est avéré plus élevé pour les hommes, le RR correspondant (versus femmes) étant en effet calculé à 1,43 (IC 95%:1,17-1,74).

Avec un suivi compris entre une et cinq années, le RR était plus élevé qu’en cas de suivi plus prolongé (5-10 ans), sa valeur étant de 3,51 (IC 95% : 1,95-6,32). Il a été évalué à 4,28 (IC 95% : 2,57-7,11) chez les Américains, à 2,29 (IC 95% : 1,58-3,31) chez les Européens et à 2,03 (IC 95% : 1,41-2,90) chez les Asiatiques. Le RR s’est avéré voisin pour les deux maladies, soit 2,35 (IC 95%:1,51-3,66) en cas de PM et 2,55 (IC 95%:1,66-3,93) en cas de DM.

Un risque particulièrement accru de maladie thrombo-embolique

Les analyses de sous-groupes ont montré que le risque de cardiopathie ischémique, de maladie cérébrovasculaire ou encore d’AVC ischémique était significativement augmenté, les valeurs des RR correspondants étant respectivement de 1,76 (IC 95% : 1,40-2,21), 1,3 (IC 95% : 1,03-1,67) et 1,47 (IC 95% : 1,26-1,73). En revanche, aucune surmortalité imputable aux AVC hémorragiques n’a été observée, l’augmentation du RR n’étant pas statistiquement significative.

La maladie veineuse thrombo-embolique sous toutes ses formes s’est avérée beaucoup plus fréquente en cas de PM/DM avec un RR de 4,60, (IC 95% : 3,17-6,66).

Ainsi, pour sa part, le RR de thrombose veineuse profonde des membres inférieurs a été estimé à 5,53 (IC 95% : 3,25-9,39), tandis qu’il était de 5,26 (IC 95% : 2,62-10,55) pour ce qui est de l’embolie pulmonaire.

Cette méta-analyse exhaustive qui porte sur plus de 25 000 patients atteints d’une PM/DM a le mérite de donner une dimension quantitative au risque cardiovasculaire associé à ces maladies et il en va de même pour les manifestations de la maladie veineuse thrombo-embolique, qu’il s’agisse des embolies pulmonaires ou des thromboses veineuses profondes.

Ces dernières semblent d’ailleurs particulièrement fréquentes au cours de ces deux maladies inflammatoires chroniques, indépendamment des autres facteurs prédisposants. Les hommes seraient les plus exposés à ces évènements, tout particulièrement dans les cinq années qui suivent le diagnostic de PM/DM.

Dr Philippe Tellier

Référence
Anji Xiong et coll. : Cardiovascular events in adult polymyositis and dermatomyositis: a meta-analysis of observational studies. Rheumatology (Oxford) 2021 ; publication avancée en ligne 21 novembre. doi: 10.1093/rheumatology/keab851.

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