Des bactéries dans la Bible ? Allez en paix…

La mise à disposition d’une bible pour les patients hospitalisés relève d’une tradition centenaire, tout au moins dans certains pays. L’ouvrage se trouve en général dans l’un des tiroirs de la table de chevet et le patient, confronté à la maladie, peut éventuellement y puiser un réconfort salutaire.

Or, il se trouve que les bibles en question « passent d’un patient à l’autre », sans être désinfectées, ce qui amène à s’interroger sur un autre de leurs rôles potentiels et non recherché, celui de vecteurs de germes pathogènes. La remarque vaut d’ailleurs pour d’autres ouvrages (à connotation religieuse ou non) laissés à la disposition des malades. Au passage, il faut dire qu’aux Etats-Unis, dans certains hôpitaux, la bible a été retirée des chambres, justement dans la crainte d’une transmission des infections nosocomiales. Ce n’est pas le cas de l’Allemagne.

Cette problématique est à l’origine d’une petite enquête épidémiologique, menée en Allemagne en juin et juillet 2015. Les auteurs ont ainsi réuni cinquante bibles en provenance de divers services de l’hôpital universitaire d’Essen. Dans le même temps, 99 livres de cantiques utilisés dans la chapelle de ce dernier ont été soumis aux mêmes analyses, en sachant que ce lieu reçoit la visite de malades hospitalisés dans divers départements de l’établissement.

Peu d’agents pathogènes

Comme on pouvait s’y attendre, des microorganismes ont été détectés dans tous les supports écrits analysés. Il s’agissait principalement de germes non pathogènes, aucune bactérie multirésistante n’étant notamment identifiable. Des moisissures associées à Aspergillus spp. ont été mises en évidence à la surface de cinq bibles. Des bactéries pathogènes en très faible nombre ont été décelées dans deux bibles. Les livres de cantiques, pour leur part, présentaient le même profil microbiologique, mais avec des concentrations de microorganismes encore plus faibles, sans le moindre agent pathogène et sans la moindre moisissure. Au cours de la période couverte par l’étude, aucune infection évolutive induite par les rares bactéries pathogènes bibliques n’a été rétrospectivement mise en évidence chez les patients hospitalisés.

En bref, d’après cette étude pilote, il n’existerait aucun argument microbiologique sérieux pour incriminer les bibles dans la transmission des infections nosocomiales, même si elles ne sont pas dénuées de microorganismes dans l’immense majorité non pathogènes. Rien ne permettrait actuellement d’évincer, sur cet argument, ces livres des chambres d’hôpital, mais une question se pose tout de même : la prudence n’est-elle pas de mise chez les patients atteints d’une infection évolutive ? D’autres études sont nécessaires pour y répondre sans ambages.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ross B et coll. : Bibles as a possible source of pathogens in hospitals? A pilot observation. Infection 2017 : publication avancée en ligne le 1er février.

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