Des bases structurelles déterminées par l’IRM (3T) pour le syndrome de stress post-traumatique

Le cerveau est l’organe central du stress et de l’adaptation à tous les évènements majeurs ou mineurs qui émanent de son environnement. En tant que réceptacle de tous les traumatismes mentaux, il est nécessairement exposé à des altérations fonctionnelles et structurelles qui sont actuellement mal connues. Or, la prise en charge du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) gagnerait en efficacité si son substratum organique était mieux évalué.

Une étude de type cas-témoins, réalisée en Chine, apporte, à cet égard des informations précieuses. Elle a inclus 145 sujets qui ont vécu un stress majeur au travers d’un tremblement de terre dévastateur survenu dans l’Ouest du pays. Dans les 7 à 15 mois qui ont suivi cet évènement, 67 participants ont développé un SSPT authentique, les 78 autres ayant survécu sans présenter le moindre trouble neuropsychique. Tous les sujets ont bénéficié d’une IRM équipée d’un aimant de 3 Tesla. Des images tridimensionnelles pondérées en T1 ont été ainsi obtenues, qui ont permis d’établir des relations entre, d’une part, les anomalies de la substance blanche ou grise, d’autre part, la sévérité clinique du syndrome et la durée écoulée depuis le tremblement de terre. Les logiciels ad hoc ont servi à : (1) mesurer l’épaisseur corticale et les volumes de régions d’intérêt englobant la substance grise de 14 structures sous-corticales ; (2) d’analyser le corps calleux divisé en 5 régions. La comparaison intergroupe a reposé sur des modèles d’analyse linéaire.

En cas de SSPT, ont été mises en évidence les anomalies structurelles suivantes : (1) augmentation de l’épaisseur corticale du gyrus temporal supérieur droit, du lobule pariétal inférieur et du précunéus gauche (p < 0,05 versus témoins) ; (2) diminution du volume de la portion postérieure du corps calleux (p = 0,014). La sévérité du SSPT a été assez étroitement et positivement corrélée à l’épaisseur corticale du précunéus gauche (r = 0,332; p = 0,008). A l’inverse, c’est une corrélation négative qui a été établie avec le volume postérieur du corps calleux chez tous les survivants  (r = -0,210; p = 0,013) et l’épaisseur corticale du précunéus gauche uniquement en cas de SSPT (r = -0,302; p = 0,017).

Cette étude qui repose sur l’imagerie morphologique est la première à révéler l’existence d’altérations anatomiques cérébrales associées au SSPT. Celles-ci semblent impliquer la substance grise et la substance blanche à des degrés divers. Les altérations les plus précoces consisteraient en une augmentation de l’épaisseur corticale dans certaines aires cérébrales, sous l’effet de processus complexes qui restent à déterminer. S’agit-il d’une réaction neuro-inflammatoire ou d’autres phénomènes trophiques tributaires de stimuli endocriniens ou d’une compensation fonctionnelle ? Il est clair que répondre à cette question nécessitera de recourir à d’autres techniques relevant notamment de l’imagerie métabolique, fonctionnelle ou moléculaire.

L’important est qu’il semble bien exister un substratum organique au SSPT, ce qui n’est pas surprenant, compte tenu de l’intensité des désordres neuropsychiques qui en sont la traduction clinique. Ces résultats méritent d’être répliqués dans d’autres formes de ce syndrome pour élaborer des stratégies thérapeutiques plus puissantes que la prise en charge psychologique.

Dr Philippe Tellier

Références
Li S et coll. : Posttraumatic Stress Disorder: Structural Characterization with 3-T MR Imaging. Radiology 2016; 280 :537-44.

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