Des changements dans le traitement du trouble bipolaire

En recourant à des modèles logistiques et en croisant les « données relatives aux prescriptions et celles des registres électroniques de morbidité » en Écosse (Royaume-Uni), pour une population de 23135 patients bipolaires ayant reçu au moins un traitement psychotrope entre 2009 et 2016, des chercheurs ont évalué les tendances en matière de prescriptions.

Dans la majorité des cas (24,96 % soit près d’une fois sur quatre), les auteurs observent que « la forme la plus courante de traitement » consiste dans un médicament unique (monothérapie). Mais une monothérapie par lithium concerne seulement 5,9 % des patients, alors que la place du lithium dans les prescriptions a globalement diminué, entre 2009 et 2016 : Odds ratio OR = 0,83 intervalle de confiance à 95 % IC95 [0,82–0,85].

Autres constats, durant cette même période : l’importance croissante accordée aux médicaments neuroleptiques (OR=1,16 [1,15–1,18]) et anticomitiaux (1,34 [1,32–1,36]). Si la prescription de valproate a diminué chez les femmes (OR=0,93 [0,90–0,97]) pour lesquelles plane le risque d’un syndrome du valproate en cas de grossesse, elle a augmenté chez les hommes : OR=1,11 [1,04–1,18].

Un décalage avec les recommandations officielles

Les auteurs rappellent que ces résultats « représentent un écart » important entre la pratique clinique et les recommandations officielles (guidelines) qui considèrent le lithium comme « le traitement le plus efficace pour réduire les récidives des épisodes de troubles bipolaires » et qui est « recommandé depuis 2014 comme un traitement de première intention par le National Institute of Health and Clinical Excellence (NICE). Et même avant 2006, ces mêmes directives considéraient « le lithium, le valproate et l’olanzapine (un neuroleptique) comme des traitements de première intention (first-line treatments). »

Bien que ces données concernent exclusivement l’Écosse, elles reflètent « probablement des pratiques en vigueur dans tout le Royaume-Uni et même dans le monde entier », à propos du décalage entre les recommandations théoriques de traitement par le lithium et la relative rareté de son emploi, en pratique. Dans ce contexte, les auteurs estiment que « la plupart des patients atteints de troubles bipolaires ne bénéficieraient pas de traitements optimaux (comme le lithium). » Leur autre conclusion semble plus polémique (car contre-intuitive, puisqu’un antidépresseur est précisément censé contrer un trouble dépressif, donc une composante du trouble bipolaire !) : « beaucoup de patients reçoivent des traitements (tel qu’un antidépresseur en monothérapie) au mieux inefficaces et, au pire, préjudiciables aux résultats à long terme. »

Dr Alain Cohen

Référence
Lyall LM et coll.: Changes in prescribing for bipolar disorder between 2009 and 2016: national-level data linkage study in Scotland. Br J Psychiatry, 2019; 215: 415–421.

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Vos réactions (1)

  • Une conclusion logique

    Le 15 juillet 2019

    A ce que je vois mon message n'est pas passé. Pourtant je réitère : la dernière phrase de l'article du Dr Cohen qui laisse à entendre qu'une monothérapie d'antidépresseurs a une place dans le traitement des épisodes de dépression bipolaire est en totale contradiction avec les recommandations et les études scientifiques sur le sujet. Les conclusion de l'étude présentée dans l'article ne sont donc pas contre intuitives, elles sont logiques. En résumé : Pas d'antidépresseurs en monothérapie chez les patients bipolaires.

    A. Bourla

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