Des recommandations au plus haut degré pour la fièvre de l’enfant

Les recommandations pour la prise en charge de la fièvre en pédiatrie ont été révisées par la Société Italienne de Pédiatrie à la lumière des publications de 2012 à 2015, identifiées par une recherche sur MEDLINE et Cochrane Database of Systematic Reviews. Les recommandations antérieures dataient de 2009 ; une enquête 3 ans plus tard pour en mesurer l’impact a montré une réduction de certaines attitudes incorrectes comme l’utilisation alternative d’antipyrétiques et d’anti-inflammatoires et des suppositoires d’antipyrétiques en l’absence de vomissements.

Quel type de thermomètre ?

Les modalités de prise de température sont controversées. La température rectale reflète la température centrale mais la prise en est physiquement et psychologiquement invasive. La température axillaire avec un thermomètre digital peut être recommandée à l’école et à la maison. A l’hôpital et en consultation, le thermomètre infrarouge doit être employé après 1 an par des personnes entraînées car une utilisation mal adaptée est source d’erreur. Avant 1 an, la température doit être prise en axillaire avec un thermomètre digital car la fiabilité des autres méthodes n’est pas certaine.

Les thermomètres infrarouges peuvent mesurer la température sans contact, au niveau tympanique ou sur le front. Une méta-analyse a montré une sensibilité de 70 % et une spécificité de 86 % de la température tympanique, non influencées par les conditions locales mais moins fiable en cas d’agitation et de transpiration. Les thermomètres de contact mesurent la température axillaire ou dans le territoire temporal (front ou mastoïde). La mesure de la température temporale est simple, hygiénique mais sa fiabilité est controversée ; elle tend à surestimer les températures basses et sous-estimer les températures élevées. Avant 4 semaines, la mesure axillaire avec un thermomètre digital est la seule admise.

Des antipyrétiques mais pas en prévention

Les seuls antipyrétiques admis sont le paracétamol et l’ibuprofène ; leur usage combiné ou en alternance n’est pas recommandé car l’intérêt de cette pratique n’est pas démontré. Les seuls accidents résultent de surdosages manifestes, en particulier la cytolyse hépatique avec le paracétamol. Cet antipyrétique doit être prescrit à la dose de 40 mg/Kg/jour en 4 fois et peut être utilisé avant 3 mois et en cas de déshydratation.

L’ibuprofène est contre-indiqué en cas de varicelle et de maladie de Kawasaki en raison du risque d’atteinte rénale.

Les antipyrétiques ne sont pas recommandés préventivement en cas de vaccination pour réduire la fièvre et les réactions locales car leur efficacité est discutable et le paracétamol pourrait diminuer l’immunogénicité des vaccins. Leur utilisation pour la prévention des convulsions fébriles n’est pas efficace. Les deux médicaments ne sont pas contre-indiques chez les asthmatiques fébriles, sauf dans les cas connus d’asthme induit.

Finalement, les dernières données soulignent à nouveau la pertinence des recommandations précédentes.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Chiappini E et coll. : 2016 update of the Italian Pediatric Society Guidelines for management of fever in children. J Pediatr., 2017; 180: 177-183

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Vos réactions (3)

  • Varicelle et ibuprofen

    Le 10 janvier 2017

    Un grand merci de rappeler la contre-indication de l'ibuprofen (et de tous les AINS )en cas de varicelle.
    Cette contre indication est malheureusement trop méconnue des médecins et même de pédiatres ! Une de mes petites filles a fait il y a 4 ou 5 ans une varicelle. Comme ses parents s'inquiétaient de sa fièvre, le pédiatre a prescrit du Nurofen (ibuprofène ). Quelques jours plus tard, comme la fièvre était revenue et avait même augmenté de façon inquiétante, ce même pédiatre contacté par téléphone a diagnostiqué une "rechute de varicelle" (!) et a recommandé d'augmenter les doses d'ibuprofen. Visiblement, il ignorait que les anti-inflammatoires sont contre-indiqués dans la varicelle et dans le zona car il peuvent provoquer des complications cutanées sévères (1) (abcès, nécrose, septicémie à staphylocoques !). Ma petite fille n'a heureusement pas été victime de septicémie mais en a gardé d'affreuses cicatrices sur tout le corps...alors qu'il aurait suffit de lui prescrire du paracétamol...et surtout de demander à la revoir plutôt que de se contenter de la télé-médecine tellement plus confortable...Le paracétamol utilisé à doses correctes n'a jamais fait de tort à personne, est efficace pour traiter la fièvre...et rassure les parents!
    réf: (1) Répertoire commenté des médicaments, Centre Belge d'Information Pharmacothérapeutique CBIP

    Dr Camille Willem

  • Un débat houleux et passionné invoquant Esculape, Hygie, Prescrire et Cochrane

    Le 18 janvier 2017

    Mais quand va t-on enfin comprendre que la fièvre n'a aucunement à être traitée.

    Soyons logique la seule crainte en cas de fièvre c'est que se produise des convulsions ... mais cet article nous confirme qu'aucune étude n'a pu démontrer un quelconque effet de prévention ou d'empêchement de ces convulsions !

    Tout au contraire on sait preuves à l'appui que le paracétamol est un anti-inflammatoire puisqu'il réduit la quantité d'anticorps produits ce que les conditions expérimentales de vaccination démontrent et d'une échelle de plusieurs log c'est à dire 10 à 100 fois moins d'anticorps au minimum !

    Autant abandonner cette pratique de "traiter "la fièvre !

    Autant casser le thermomètre c'est tout aussi efficace et rassurera mieux les parents enfin libérés de ce stress idiot de devoir faire baisser une fièvre qui en réalité est utile !
    En effet c'est un épiphénomène de la libération d'interleukine 1 qui a pour avantage une vasodilatation, un recrutement des cellules immunitaires et des anticorps afin de détruire les agresseurs bactériens ou viraux et même parasitaires.

    L'erreur consiste à croire que le génie maléfique de l'agresseur entraîne une fièvre alors que c'est l'organisme lui même qui déclenche la fièvre et donc pour tout le monde la maladie apparente !
    Les bras vous en tombent qu'une chose aussi simple ne soit connue que d'un petit nombre de malades et surtout de médecins y compris de professeurs réputés.

    Et quelle rigolade que ces heures passées par les soignants à expliquer comment faire baisser la fièvre de la manière la plus intelligente qui soit alors que le bon sens voudrait que pour accélérer la vraie guérison on n'y touche pas voire la loue ou l'amplifie ...
    Le pompon fut à mes yeux l'étude qui révéla que les patients admis en réanimation et morts de la grippe A h1n1 pdm 2009 avaient, "paradoxalement " insistaient les auteurs éberlués, eu moins de fièvre initialement en moyenne que la moyenne de ceux qui ont survécu !

    On est heureux que les auteurs ne mentionnent pas l'aspirine qui fut jusqu'il y a peu un must en matière de traitement de la fièvre jusqu' à ce que les plus vigilants de la profession fassent interdire ce produit chez l'enfant compte tenu de l'observation de syndrome de Reye connu de moins d'un médecin sur 10 et qui aboutit à la destruction inexpliquée des organes vitaux de l'enfant et conduit à une mort, évitable si rien n'avait été prescrit.

    Revenons enfin aux convulsions de l'enfant fébrile ce qui est une rareté que chaque vieux médecin a tout de même vu une fois ou plusieurs dans sa vie . Outre que chacun sait qu'elles cessent le temps de préparer le diazepam intrarectal ne pourrait-on pas se dire que cette alerte qui permet de suspecter puis parfois de diagnostiquer l'épilepsie chez l'enfant a permis que le diagnostic ne se fasse pas dans des conditions où n'étant plus nourrisson et protégé par ses parents il fasse une crise inopinée et tombe gravement ou même que sa crise inaugurale n'ait lieu au volant la nuit par l'effet de phares de véhicules.

    Autrement dit ces convulsions permettant un traitement préventif de crises ultérieures très efficace et utile auront peut être permis de sauver la vie de quelques uns.

    Au total je ne dis bien entendu pas qu'il faut laisser crier les nourrissons fébriles et que le paracétamol est un excellent antalgique mais pour moi il présente un dangereux effet secondaire qui est l'antipyrexie .

    Il reste donc à découvrir ou redécouvrir des antalgiques dépourvu de cet effet qui je l'espère deviendra indésirable et si possible en trouver un qui n'ait pas cette toxicité hépatique qui occasionne, pas forcément à dose toxique, plusieurs greffes par an !
    Je n'aurai jamais imaginé que ce médicament si simple et universellement reconnu prenne place un jour comme la saignée la purge et le clystère dans les musées des vanités médicales.
    Conscient que ces propos pourraient en choquer plus d'un et sachant que c'est même l'ultra majorité je m'attend à initier ici un débat houleux et passionné invoquant Esculape, Hygie, Prescrire et Cochrane le lobby qui nous conduira à ne plus rien faire du tout tant il est vrai que primum non nocere mais que chaque médaille de Galien a son revers.
    Je rêve d'un monde d'omelettes faites sans casser d'œufs.
    Il est si dur de balayer devant sa porte en sachant que demain pour vivre je devrait prescrire encore le médicament le plus prescrit du monde : l'acetaminophene alias paracétamol faute d'antalgique plus sûr. En revanche je respecte la fièvre comme symptôme essentiel et comme moyen fantastique de guérir plus vite.
    J'essaye à contre-courant de valoriser cette fièvre qui inquiète tant.

    Dr François Roche


  • Recos françaises

    Le 22 janvier 2017

    Les dernières recommandations françaises sont beaucoup plus claires
    http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2674284/fr/prise-en-charge-de-la-fievre-chez-l-enfant

    La résistance au changement ce n'est pas facile...
    Il y a des années que ces principes sont reconnus...

    Dr Christian Copin

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