Diabète : à la rencontre des autres types

Se contenter de distinguer deux types de diabète pourrait être trop réducteur . C'est en tout cas ce que suggèrent les résultats d'une étude scandinave basée sur 8 980 diabétiques effectuée entre 2008 et 2016 (cohorte : Swedish All New Diabetics in Scania [ANDIS]).

Des sous classes ont émergé comme celle du LADA (Latent Auto-immune Diabetes in Adults) diabète auto-immun de l’adulte ou encore du MODY (Maturity-Onset Diabetes in the Young), diabète non insulinodépendant du jeune et les diabètes dits secondaires.

La distinction entre les diabètes de type I et II se base essentiellement sur la présence ou l’absence d’auto-anticorps dirigés contre les cellules β de Langerhans.

Cependant, la maladie est plus complexe et les auteurs ont tenté de voir s’il était possible de mieux la caractériser en s’appuyant sur des données biologiques et cliniques.

Ainsi, ont-ils pris en compte la glycémie, l'âge au diagnostic, l'IMC, la présence d'anticorps anti GAD (Glutamate Decarboxylase), la sécrétion et la résistance insulinique via le HOMA2 test qui à partir de la glycémie, et du C-peptide permet de calculer un score d’insulino-résistance.

De plus, des analyses génétiques ont été effectuées, le traitement a été considéré tout comme la progression de la maladie et le développement de complications.

Cinq groupes distincts

A partir de ces différents paramètres, 5 groupes se sont détachés.

Le 1er groupe reprend le diabète de type I ainsi que le diabète auto-immun de l’adulte (LADA). Le diabète de type II peut être sous divisés en 4 groupes dont 2 sévères (groupe 2 et 3) et 2 moins sévères (groupe 4 et 5).

Groupe 1 : SAID (Severe Auto-Immune Diabetes) Diabète auto-immun sévère : 6,4 %
Ce groupe correspond au diabète de type I et au LADA. Il se caractérise par un début précoce, un mauvais contrôle métabolique, une diminution de la sécrétion d’insuline et la présence d’anticorps anti GAD.

Groupe 2 : SIDD (Severe Insulin-Deficient Diabetes) Diabète insulino-déficient sévère : 17,5 %

Dans ce groupe, les patients ont des taux d’HbA1c élevés, une carence insulinique précoce, une résistance modérée à l’insuline, un IMC peu élevé, mais une absence d’auto-anticorps, ce qui le différencie du groupe 1.
Le traitement instauré était, chez ces patients, largement à base de metformine alors que ce n’est pas le traitement optimal et que l’insuline prescrite dans 29 % des cas devrait être administrée de façon plus large.
Ce groupe se caractérise par une fréquence plus élevée de rétinopathies.

Groupe 3 : SIRD (Severe Insulin-Resistant Diabetes) : diabète insulino-résistant sevère : 15,3 %
Dans ce groupe, les patients ont un IMC élevé avec une résistance sévère à l’insuline.
Ce groupe se caractérise par une fréquence plus élevée d’atteintes rénales. En effet, les patients avaient des néphropathies diabétiques et des macroalbuminuries plus souvent que dans les autres groupes (Hazard ratio (HR) 2,18 p = 0,0026) et le risque d'insuffisance rénale terminale était augmenté (HR par rapport au groupe 5 : 4,89, p < 0,0001).

Ici, les patients étaient assez peu souvent traités par metformine alors que  ce traitement serait bénéfique.

Groupe 4 : MOD (Mild Obesity-Related Diabetes) diabète modéré lié à l'obésité : 21,6 %
Ce groupe comprend les patients avec un IMC élevé, et un diabète apparaissant à un âge relativement jeune.

Groupe 5 : MARD (Mild Age-Related Diabetes) diabète modéré lié à l’âge : 39,1 %
Les patients sont en général plus âgés dans ce groupe et ont des atteintes métaboliques  modérées.

Les patients des groupes 1 et 2 étaient davantage susceptibles d’avoir une acidocétose au diagnostic (31 % et 25 %) que ceux des autres groupes (< 5 %), l’HbA1c étant le meilleur marqueur (Odds Ratio 2,73, p < 0,0001).
Les groupes 3, 4 et 5 étaient peu traités par insuline (< 4 %).
Les groupes 4 et 5 devraient bénéficier de conseils hygiéno-diététiques et de la metformine.
Les profils génétiques étaient différents dans les différents groupes.

Ces observations ont été vérifiées dans d'autres registres : Scania Diabetes Registry (n =1 466), les nouveaux diabétiques diagnostiqués à Uppsala (n = 844), le registre du diabète Vaasa (n = 3485).

Ces études sont limitées aux populations scandinaves et d'autres travaux sont en cours avec des populations d'origines ethniques différentes en Chine et en Inde.

Cette nouvelle classification permet de mieux identifier les patients à haut risque de complications au moment du diagnostic et de guider au mieux la thérapeutique.

Dr Sylvie Coito

Référence
Ahlqvist E et coll. : Novel subgroups of adult-onset diabetes and their association with outcomes: a data-driven cluster analysis of six variables. Lancet Diabetes Endocrinol., 2018 Mar 1. pii: S2213-8587(18)30051-2. doi: 10.1016/S2213-8587(18)30051-2.

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