Du porno plein la tête

Avec l’essor de la pornographie sur le réseau Internet, l’accès à des photographies et des films pornographiques s’est banalisé pour des millions de « consommateurs. » Présumant que cet intérêt électif pour des spectacles pornographiques s’apparente à des comportements de quête de la nouveauté et de recherche de la récompense, des chercheurs ont réalisé une étude évaluant l’incidence éventuelle pour le circuit frontostrial du nombre d’heures par semaine consacrées aux sites pornographiques, avec l’hypothèse qu’une altération de ce circuit (impliqué dans la régulation des comportements) pourrait être associée à cette inclination particulière pour le « X. »

Étayée notamment sur l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle et conduite à l’Institut Max Planck pour le Développement Humain de Berlin (Allemagne), cette enquête porte sur 64 hommes (âgés de 21 à 45 ans, en moyenne de 28,9 ± 6,62 ans) sans pathologie psychiatrique ni médicale reconnue (en particulier, les sujets avec des anomalies préexistantes de l’imagerie cérébrale ont été exclus de l’étude). L’analyse volumétrique (mesures morphométriques basées sur les voxels) a permis d’apprécier les volumes de matière grise et le niveau de connectivité fonctionnelle. Cette étude montre une « association négative significative » entre le nombre d’heures consacrées à la fréquentation de la pornographie en ligne et le volume de matière grise dans le noyau caudé droit (p < 0,001). La connectivité fonctionnelle entre le noyau caudé droit et le cortex préfrontal dorsolatéral gauche est aussi « associée négativement » au temps passé sur les sites pornographiques.

Les auteurs estiment que ces phénomènes « reflèteraient des changements dans la plasticité neuronale » résultant eux-mêmes d’une « intense stimulation du système de récompense »[1] (avec une « plus faible modulation descendante des zones corticales préfrontales ») et qu’il pourrait s’agir là d’« une condition préalable rendant plus gratifiant l’intérêt pour la pornographie. »    

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9compense

Dr Alain Cohen

Référence
Kühn S & Gallinat J : Brain structure and functional connectivity associated with pornography consumption. The brain on porn. JAMA Psychiatry, 2014 ; 71 : 827–834.

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Vos réactions (3)

  • Et les femmes ?

    Le 15 août 2014

    Une seule question me vient à la lecture de cet article : pourquoi les femmes sont-elles exclues de cette étude ?
    B. Sanchez.

  • Porno: l'homme est bien un singe comme les autres !

    Le 15 août 2014

    J'observe (avec humour) que vous ne précisez pas "une seule question me vient à la tête"... Plus sérieusement, les auteurs se sont limités aux hommes, effectivement. C'est leur choix. Contestable? A chacun d'en décider. Par contre, en relisant cette étude, j'ai retrouvé un détail intéressant que j'aurais pu mentionner dans mon article: même certains singes sont enclins à "consommer" de la pornographie, les auteurs précisent en effet que "la pornographie n'est pas limitée à l'espèce humaine: des recherches récentes ont montré que des singes macaques mâles ont préféré regarder des photos de fesses de singes femelles" (qu'obtenir une récompense alimentaire)!
    Alain Cohen

  • Porno et matière grise (MG )

    Le 21 août 2014

    Est-ce qu'on a fait ce genre d'études sur les amateurs d'écran en général ? Où
    plus on est passif sur l'écran plus on perd de MG. Est-ce dépendant du sujet regardé ?
    Dr A Gregoire

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