Dysmorphophobie à l’adolescence, se méfier des apparences

Dans la littérature médicale, les sources internationales permettent d’évaluer notre approche d’un thème à l’aune d’autres cultures. La lecture du South African Journal of Psychiatry en apporte une nouvelle confirmation, à propos d’un cas clinique de dysmorphophobie chez une adolescente hospitalisée en psychiatrie.

Apparentée dans le DSM-5 aux TOC (troubles obsessionnels compulsifs)[1], cette problématique débute souvent dès l’enfance ou l’adolescence, bien qu’elle ne soit souvent reconnue qu’à l’âge adulte. Elle peut poser un « défi diagnostique », résument les auteurs, car sa symptomatologie d’abord plutôt fruste commence volontiers « de façon infra-clinique, plusieurs années avant de réunir pleinement les critères » permettant d’affirmer l’existence effective d’une dysmorphophobie.

Avec un début précoce (vers l’âge de la puberté) précédant une « aggravation graduelle », cette affection peut ressembler (ou s’associer) à diverses comorbidités altérant durablement la qualité de la vie, en particulier des troubles anxieux et dépressifs (émaillés parfois de tentatives de suicide), des troubles du comportement alimentaire (notamment d’ordre anorexique, pour tenter de « réparer » par la privation de nourriture l’altération présumée de l’image corporelle), des addictions diverses (drogues, alcool, médicaments), un trouble de la personnalité (en particulier de type « personnalité borderline »). Les auteurs rappellent que le (dys)fonctionnement psychique et l’altération de la qualité de la vie sont toutefois comparables, en cas de début précoce ou plus tardif de la maladie.

Un défi diagnostique

Comme son étymologie l’indique, la dysmorphophobie est marquée par une préoccupation angoissante (phobie), relative à une mauvaise (dys) perception de la forme (morpho) de son corps, que le défaut allégué soit réel ou imaginaire. Dans la situation clinique présentée par les auteurs, une jeune fille de15 ans a ainsi « honte de ses dents jaunes et de ses gros seins », ce qui la conduit à mettre la main devant sa bouche pour la masquer quand elle parle et à réduire de façon drastique son alimentation, dans l’espoir de réduire le volume de sa poitrine. En attendant de maigrir, elle « comprime ses seins avec un vêtement pour les faire paraître plus menus. » Se croyant « affreuse » et « ne voulant plus vivre », cessant d’aller au collège, demeurant confinée chez elle dans une pièce sombre et ne se lavant plus que la nuit pour échapper aux regards des autres, elle doit finalement être hospitalisée. Mais pour contourner son refus de soins obstiné, cette hospitalisation n’est obtenue que par un subterfuge, en lui laissant croire qu’elle va bénéficier alors d’une « chirurgie de réduction mammaire » !

Pour les auteurs, ce cas illustre « les défis liés au diagnostic et au traitement de la dysmorphophobie à l’adolescence. » Malgré la grande variabilité de sa présentation clinique, précisent-ils, il faut y penser « comme diagnostic différentiel » d’une autre affection psychiatrique (dépression, psychose, anorexie mentale, etc.), surtout dans un contexte de comorbidités psychiques ou/et somatiques pouvant masquer cette dysmorphophobie.

[1] Rattachée auparavant par le DSM-IV aux troubles somatoformes, la dysmorphophobie intègre désormais les TOC, en raison des comportements répétitifs ou des préoccupations associées, en lien avec des perceptions erronées ou des fixations morbides sur l’apparence corporelle : poids, taille, aspect de la peau, morphologie, etc. De nature irrépressible et répétitive, ces préoccupations mentales focalisées sur un critère corporel révèlent le versant obsessionnel et compulsif de la dysmorphophobie.

Dr Alain Cohen

Référence
Thungana Y et coll. : Body dysmorphic disorder: a diagnostic challenge in adolescence. South African Journal of Psychiatry 2018 ; 24: 1114. doi.org/10.4102/sajpsychiatry.v24i0.1114

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